Queer in Québec : étude de la réception du mouvement queer dans les journaux québécois

Auteur·e 
Bruno LAPRADE
Résumé 

Cet article s’intéresse à la réception du terme queer par les journaux québécois, plus particulièrement entre 2010 et 2012. Il y est d’abord question d’une mise en contexte de son apparition aux États-Unis, puis d’une tentative de traduction par le mouvement jeunesse LGBT au début des années 2000. La proposition d’utiliser « allosexuel » comme terme parapluie pour la diversité sexuelle éliminait plusieurs des aspects politiques de la théorie américaine. Dans les journaux grand public du Québec et dans la presse gaie, le queer conserve une certaine ambigüité selon qu’on le trouve comme nom propre ou qu’on lui attribue des valeurs stylistiques, spatiales et identitaires. Il sert également de marqueur générationnel, comme on peut le voir dans le cas du concours Queer of the Year.

 

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Texte intégral 

Comme Pierre Bourdieu l’a montré dans « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », la traduction est politique1. Loin de n’être qu’une question d’accessibilité aux nouvelles théories, le passage d’une langue à une autre s’accompagne également d’un changement de champ, duquel les concepts sont convoqués pour s’opposer à certaines idées et ainsi remettre en cause (ou consolider) le pouvoir de différents acteurs. Ces idées acquièrent ainsi de nouvelles significations par leur réception et leur usage. C’est dans cette perspective que je désire penser les possibles apports d’une transposition de la théorie queer en sol québécois.

Il sera principalement question ici de la réception du terme « queer » par les médias québécois, avec une attention particulière au contexte récent, soit depuis 2010. Il s’agira de procéder à l’étude de la réception plus que de la diffusion du concept, puisque l’objectif est de faire ressortir la compréhension qu’en ont les journaux, leur façon d’y réagir, plutôt que de retracer les acteurs qui s’en revendiquent. En effet, les journaux agissent bien peu en tant que diffuseurs de la pensée queer : un des constats qui ressort de mon analyse est que les références aux auteurs canoniques ou aux groupes militants québécois sont rares. Se détachant donc de la généalogie de ces théories, les journaux donnent à voir leur propre interprétation de ce qu’est le queer. En tenant compte de l’« horizon d’attente »2 de leur lectorat, les articles des quotidiens et des périodiques font montre de plusieurs stratégies de traduction du terme « queer » (y donner une définition, l’inclure dans une énumération, etc.) dans le but de le rendre accessible. Cela démontre la résistance du terme à être saisi comme allant de soi. Cependant, en le traduisant, en lui donnant un sens, les journaux lui confèrent également une valeur, une place dans leur champ politique.

Mon intention n’est pas de trier les bonnes interprétations des mauvaises, celles qui seraient historiques de celles qui ne le seraient pas. Il ne s’agit pas non plus de rendre compte de la vision qu’ont les militantes et militants du queer. Une telle étude a déjà été en partie menée par Billy Hébert à l’occasion de son mémoire de maîtrise ; dans celui-ci, il sonde des activistes de Montréal engagés dans la création d’espaces queers3. Procéder à l’analyse de la réception du terme par les journaux permet au contraire d’appréhender les perceptions véhiculées sur le queer dans la sphère publique et les valeurs qui leur sont assignées, cela afin de faire ressortir les manières dont les acteurs du champ politique les utilisent pour occuper certaines positions. J’espère donc par cette étude offrir un outil aux militantes et militants afin de mieux leur faire comprendre leur position dans ce champ pour y intervenir efficacement.

Il s’agira dans un premier temps de faire une mise en contexte du terme queer pour le lecteur. Dans un deuxième temps, je ferai un accroc à ma démarche pour aborder une des traductions québécoises du mot, l’expression « allosexuel ». Ce sera l’occasion d’évaluer la position des divers groupes militants reliés à la cause queer à Montréal. Mon implication dans les milieux jeunesses lesbiennes, gais, bisexuels et trans (LGBT) depuis 2003 a fait de moi un témoin de premier plan du développement du terme allosexuel comme substitut à queer. Cette particularité québécoise mérite qu’on s’y attarde pour ses impacts institutionnels et académiques, malgré le peu de retombées médiatiques qu’aura connues le terme substitutif francophone. De plus, cet aspect est peu documenté, par opposition aux travaux déjà réalisés sur le queer. En troisième lieu, je proposerai une méthodologie permettant d’analyser la réception dans les journaux québécois grand public. Je terminerai par une analyse de la presse gaie ainsi que par une étude de cas portant sur le concours Queer of the Year.

 

1. Définition
 

1.1 Les usages du queer
 

S’il n’est pas intéressant pour cette étude de définir a priori ce qu’est le queer puisqu’une certaine compréhension émergera de sa réception, il peut tout de même être utile au lecteur de procéder à une rapide mise en contexte. La plupart des ouvrages sur le sujet rappellent que queer signifie en anglais « étrange » et qu’il fut souvent utilisé comme insulte homophobe4. Le mouvement gai s’est ensuite réapproprié le terme dans un geste de retournement du stigmate. Un consensus attribue la première utilisation académique du terme à Teresa de Lauretis, alors qu’elle cherchait à problématiser l’expression « gais et lesbiennes » comme une union n’allant pas de soi (aujourd’hui, c’est l’acronyme toujours grandissant LGBT – ou LGBTTTI2AQQ5 – qui pose ce même problème)6. Dans cette acception universitaire, le terme présente un caractère polysémique et résiste à toute assignation définitionnelle. Selon David Halperin, lui donner un contenu fixe, c’est détruire son utilité : le queer ne prend sens que dans son opposition stratégique et contextuelle aux différentes normes7. Didier Éribon semble lui aussi partager cette idée. Dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, il fustige en effet l’institutionnalisation de ces théories, avec ses auteurs canons et ses colloques ou ses concepts à connaître comme autant de prescriptions à l’opposé de l’inventivité des débuts du courant8. Peut-on, aujourd’hui, réfléchir la théorie queer sans se référer à Judith Butler?9C’est avec ce contexte français en tête que Bourcier proposait de ne pas traduire le terme en français, afin de contourner la résistance aux politiques identitaires :

Ne pas traduire permettait aussi de garder le potentiel herméneutique du terme (queer, qu’est-ce que c’est?) et de ne pas coller aux dénominations disponibles qui non seulement étaient inadéquates (homosexuel(le), lesbienne, pédé, tapette, gouine), mais qui ne donnaient pas accès à l’aspect post‑homo de la théorie queer […]10.

Il vaut peut‑être mieux alors laisser au terme la possibilité de décrire une pluralité d’objets. Dans le Dictionnaire d’Éribon, on retrouve d’ailleurs deux entrées pour queer : la théorie et l’action. Sarah Ahmed, dans son livre Queer Phenomenology, avoue utiliser le terme dans au moins deux sens, celui de LGBT et celui de hors-norme, sans toujours spécifier celui auquel elle se réfère11. Quant à lui, Miguel Gosselin Dionne sépare les groupes anarcho-queers en deux catégories : politique et culturelle12. Si cette distinction peut être contestable, elle rappelle le commentaire de Cervulle et Rees-Roberts selon lequel le queer a gagné sa « street credibility » à travers le mouvement VIH/sida, montrant par là qu’il ne se déployait pas uniquement dans le milieu académique13. D’autres contextes sont également évoqués pour justifier l’émergence de ces théories tels que les Feminist Sex Wars14, la montée du postructuralisme et de la French Theory15, les demandes d’inclusion des bisexuels dans la communauté gaie et la montée d’un conservatisme politique répressif de la fin des années 1980 aux États-Unis16. On peut donc dire que le queer, malgré les percées internationales du terme et de ses usages, demeure fortement marqué par son origine américaine dans les années 1990.

 

1.2 Une tentative de traduction : allosexuel
 

Quelques tentatives ont été faites pour traduire le mot « queer », une de celles-ci concerne l’usage du terme allosexuel. Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française a entériné cet usage, proposé par le Regroupement d’entraide de la jeunesse allosexuelle du Québec (le REJAQ)17. Le REJAQ était une coalition d’organismes communautaires œuvrant auprès des jeunes LGBT au Québec. Le groupe a opéré entre 2002 et 2008. Ses principales activités ont consisté à siéger sur le comité mixte de lutte contre l’homophobie de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, à organiser des rencontres thématiques provinciales pour ses groupes membres, à coordonner les contingents jeunesse dans divers défilés de la Fierté et à mettre sur pied un gala pour reconnaître l’implication des jeunes (le Gala des Allostars). Dans sa foulée, quelques groupes communautaires jeunesse (la plupart membres du REJAQ) ont essayé d’implanter le terme allosexuel dans leurs pratiques ; le Néo, la Coalition jeunesse montréalaise de lutte à l’homophobie (CJMLH) ou Jeunesse Idem le conservent encore à différents niveaux (dans leur dénomination officielle auprès du registraire des entreprises, dans leurs règlements généraux ou sur leur site web)18. La CJMLH a même plaidé en faveur de substituer la dénomination « siège allosexuel » à « siège gai et lesbienne » au Forum jeunesse de l’Île de Montréal19. Cela avant que le terme ne tombe en désuétude, du moins dans les organismes de Montréal.

L’usage actuel le plus fréquent de cette acception du terme se situe probablement au niveau académique et institutionnel. Les organismes et les chercheurs qui tentent de rendre accessibles leurs documents et questionnaires en français trouvent dans « allosexuel » une traduction rapide du terme queer20. Il serait intéressant de faire un comparatif des résultats des recherches proposant allosexuel comme catégorie identitaire liée à l’orientation sexuelle.

Notons au passage que pour certains le terme allosexuel n’est pas un néologisme. Il aurait  déjà été utilisé en sexologie par opposition à autosexuel, terme qui suggère une sexualité orientée vers soi-même. L’allosexualité, formé du préfixe « allo » signifiant « autre », souligne que cette forme de sexualité prend autrui comme objet de désir21. En anglais, le terme semble surtout discuté sur les sites concernant l’asexualité22.

Le REJAQ, malgré sa courte période de vie, proposera différentes définitions d’allosexuel. La première, tirée des règlements généraux adoptés le 18 avril 2004, l’expliquait ainsi :

Nom ou adjectif qualifiant toute personne ayant une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité et/ou ayant une identité de genre différente. Englobe, mais ne se limite pas à : gais, lesbiennes, bisexuel-les, transexuel-les, travesti-es, bi-spirituel-les, en questionnement, hermaphrodites (=queer en Anglais)23.

La définition sera remaniée en 2005 :

Afin de trouver un mot unificateur du concept de la diversité sexuelle, le REJAQ a repris le mot « allosexuel » pour y désigner toute personne éprouvant des attirances sexuelles et étant confrontée à celles-ci, à de la discrimination ou à des questionnements face à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre. Ce néologisme, désormais reconnu par l’office de la langue française, inclut donc les personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, transgenres, transsexuelles ou bispirituelles. Étant le contraire d’une étiquette, ce terme est de plus en plus utilisé par les membres de notre regroupement24.

Le passage d’une définition à l’autre visait à restreindre les interprétations possibles d’une sexualité non-hétérosexuelle afin que n’y soient pas agglomérés les relations entre adultes et mineurs, le sadomasochisme, le travail du sexe, pour n’en nommer que quelques exemples. Comme le notait déjà Claudine Metcalfe dans un article paru dans Fugues en 2002, le terme allosexuel, plutôt que de faire référence au mouvement politique mettant ses marges au centre, cherchait au contraire à être le plus consensuel possible et à s’intégrer à la société :

Au contraire de queer, qui est l’affirmation de notre spécificité, une façon de dire « nous ne sommes pas de charmantes personnes qui veulent vivre discrètement pour ne pas choquer la masse », le mot « allosexuel » est une normalisation par la base, un dénominateur commun25

D’ailleurs, les personnes interrogées dans son article, à l’exception de deux chercheurs, sont toutes défavorables à l’utilisation du terme. C’est sans doute parce qu’il renvoie à une vision assimilationniste de la communauté gaie, une vision qui cherche à s’intégrer en reproduisant les normes plutôt qu’à les dépasser de manière critique. Il est à noter que le terme allosexuel demeurera cependant marqué d’une connotation générationnelle : les allosexuels, ce sont les jeunes.

 

2. Analyse de corpus
 

2.1 Méthodologie
 

La création d’un corpus de texte est facilitée par le développement de bases de données informatiques capables d’indexer les articles par mots. Cela améliore grandement la recherche dans les périodiques, du moins dans ceux qui sont numérisés. Il est donc plus facile d’approcher un repérage presque exhaustif d’un terme, contrairement aux méthodes manuelles nécessitant la fouille dans les archives et la lecture de tous les articles pour y arriver. C’est donc à partir d’une telle base de données informatisée que j’ai pu compiler les différentes occurrences de « queer » dans cinq journaux québécois et/ou plus spécifiquement montréalais. Ces journaux sont La PresseLe Devoir, Le Journal de Montréal, le Métro Montréal et le 24 heures Montréal. Je me suis principalement intéressé à la période couvrant 2010 à 2012, bien que mes recherches aient débordées afin de permettre une mise en contexte de l’utilisation du terme par les journaux. Il est à noter que Métro et 24 heures ont une existence plus récente dans le paysage médiatique québécois, ce qui changerait le portrait d’une analyse longitudinale. La période 2010-2012 fut choisie afin de rendre compte des usages actuels du terme plutôt que d’en offrir un regard rétrospectif et historique, et cela malgré les risques de souffrir d’un manque de recul pour l’analyse. Elle fut aussi choisie parce qu’il me semblait y avoir observé une augmentation des groupes se revendiquant queer à Montréal, avec la tenue d’au moins deux festivals annuels (Pervers/cité créé en 2007 et la Radical Queer Semaine en 2009) et de plusieurs soirées dansantes. Je voulais donc mesurer si cela avait entraîné une plus grande visibilité médiatique. La réponse semble être négative : 41 articles ont été publiés entre 2004 et 2006, 28 entre 2007 et 2009 et 50 pour la période visée, soit 2010-2012. Ce n’est qu’une faible augmentation. À partir des résultats obtenus, j’ai opté pour une méthode d’analyse du discours afin de repérer des noyaux de sens.

La recherche dans la presse gaie pose davantage d’enjeux méthodologiques parce qu’elle n’est pas indexée par les mêmes bases de données. Montréal compte quelques publications dont les gais constituent le public cible et une seule visant la communauté lesbienne. Elles sont réparties sous l’égide de deux grands éditeurs. Les éditions Nitram regroupent le mensuel Fugues, le magazine ZIP (sur les nouveautés liées au monde de la pornographie gaie), le Guide Arc-en-ciel et le fascicule DécorHomme. Être Magazine regroupe quant à lui sur son site les magazines francophones Être et RG, la revue anglophone 2B, le Guide gai du Québec et la revue pour lesbiennes Entre elles. Je m’arrêterai particulièrement au site Internet de Fugues, le quotidien le plus distribué au Québec, mais quelques comparaisons avec le site de Être magazine seront de mise. Il faut passer par les sites Internet des revues elles-mêmes, avec le risque que tous les articles publiés en version papier n’y soient pas transposés. De plus, les moteurs de recherche qui y sont intégrés n’offrent pas les mêmes critères de sélection que les bases de données. Il est donc plus difficile de faire une recension systématique des occurrences d’un terme entre 2010 et 2012 dans une revue particulière. Par exemple, le site du Fugues recense plus de 500 articles où apparaît le terme queer, mais il est impossible de voir les doublons ni l’année de parution. Une recherche sur Êtremag, le nom du site web hébergeant la revue du même nom, indique 1090 occurrences, mais cela inclut l’utilisation du terme dans le 2B, puisqu’on ne peut filtrer la rechercher en fonction du magazine d’où est issu le contenu. Étonnamment, une recherche par étiquette sur Êtremag ne donne que quatre articles liés au queer en français. Dans le Fugues, la séparation des résultats en sections permet tout de même une certaine interprétation des résultats. En effet, il est possible de constater que, outre les 129 chroniques anglophones de Richard Burnett se terminant sur la notice biographique du journaliste26, les plus grandes occurrences du terme se situent dans la section des actualités internationales (66 fois) et dans la section arts dédiée aux films (58 fois). Ces occurrences prennent leur signification une fois mises en relation avec les noyaux de sens.

 

2.2 Le queer dans les médias grand public québécois
 

Le terme queer a fait son apparition pour la première fois dans les journaux francophones québécois grand public dans les années 1990. Il y est cité principalement comme nom propre dans l’appellation Queer Nation, un groupe des États-Unis né dans la mouvance de la lutte contre le VIH/sida. Il se distingue par ses actions médiatiques flamboyantes, allant du kiss-in à la manif-éclair en passant par le « outing » des personnalités publiques homosexuelles27. Si un chapitre du collectif s’établit à Montréal (et à Toronto)28, ce sont surtout les actions ayant lieu en sol américain qui susciteront l’attention médiatique, comme la perturbation du tournage de Basic Instinct ou la menace de déranger la cérémonie des Oscars29. Au début des années 2000, le groupe les Panthères roses se réapproprie les tactiques queers et réussit à obtenir une certaine visibilité sur leurs actions, notamment grâce à un reportage à Radio-Canada30. Ils se font connaître notamment par leur sodomobile, une voiture sur laquelle un Stephen Harper se fait sodomiser par une panthère rose en papier mâché, que le groupe utilisera pour perturber le congrès conservateur. Malgré tout, l’utilisation du mot queer reste marginale. De 1990 à 2012, les trois principaux quotidiens francophones (La Presse, Le Devoir et Le Journal de Montréal) ne publieront que 197 articles contenant le terme. En comparaison, « gai » y sera utilisé 5129 fois. Des insultes québécoises comme « tapette » et « fif » seront plus souvent citées (349 fois pour le premier, 242 fois pour l’autre).

 

Tableau 1. Nombre d’occurrences des termes par journaux dans les archives31

 
Métro Montréal
La Presse
Le Devoir
Le Journal de Montréal
24 heures Montréal32
The Gazette33
« Queer » 2010-2012
8
19
14
8
1
54
« Queer » 1990-2012
19
115
62
20
1
213
« Gai » (gay) 1990-2012
500
2986
1367
776
21
12950
« Tapette/fif » (fag/faggot) 1990-2012
15/13
222/129
65/56
62/57
0/2
37/207

 

Cette occurrence est tout de même plutôt élevée si on considère que le mot queer  n’est pas davantage utilisé dans le journal anglophone de Montréal, The Gazette. « Queer », en français « étrange », a longtemps été utilisé de manière péjorative pour connoter l’homosexualité. Il s’agissait pour Queer Nation de se réapproprier le mot dans une tentative de renverser le stigmate y étant associé. La faible utilisation du terme par The Gazette souligne que celui-ci n’est pas entré en usage courant dans le langage journalistique. « Queer », avec « faggot » dont il partage un nombre similaire d’occurrences, demeure un terme politiquement incorrect quant au traitement de l’information en anglais. L’utilisation en français n’amènerait donc pas automatiquement ce même bagage sémiotique. Ce préambule étant fait, quelle valeur qualitative est actuellement donnée au mot queer dans ses usages francophones? Cinq noyaux de sens semblent se dessiner.
 

Les noms propres

Le premier noyau est constitué de noms propres. Il s’agit de noms de séries télévisées (Queer Eye for the Straight Guy, Queer as Folk), de prix (la Queer Palm de Cannes), d’événements (Tango Queer, Cabaret Dada Queer, Queer Pop, Queer of the Year), de livres (Queer de Burroughs), de chansons (Queer de Garbage). Le titre original a été gardé, même lorsqu’une version française existe, comme c’est le cas de Queer as Folk ou du livre de William S. Burroughs. À l’exception des événements, ils dénotent des produits culturels étrangers. Sont-ils donc intraduisibles et insolubles à la culture québécoise?
 

Les synonymes de LGBT

À défaut d’être traduits, on associe souvent une définition à ces noms. Ainsi, il est fréquent que leur usage soit vu comme un équivalent de gai ou de LGBT. Par exemple, on dit du volet Queer Pop du festival Pop Montréal qu’il « met à l’affiche plusieurs artistes de la frange LGBT » (La Presse, 21 septembre 2012). Le 24 heures, rapportant la remise d’un prix à Xavier Dolan, explique que « la Queer Palm récompense un film de la sélection cannoise traitant le mieux à l’écran de l’homosexualité et du genre » (24 heures Montréal, 28 mai 2012). À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, La Presse publie un article spécial sur l’Argentine pour souligner comment, malgré l’autorisation du mariage gai, les structures culturelles comme celles de la danse seraient encore perméables au machisme. Ce pour quoi le journal fait un topo sur le groupe Tango Queer qui « propose depuis plusieurs années aux couples homosexuels de partager leur passion » (La Presse, 17 mai 2012). Le terme garde parfois une ambiguïté, comme dans le cas de cette entrevue avec Val Desjardins, propriétaire d’un bar dans le Mile-End : « Le Royal Phoenix s’affiche comme un bar “queer” ». Est-ce dire qu’il est gai? Val Desjardins remet les pendules à l’heure. « Les gens disent qu’ils se sentent comme dans un bar gai parce qu’ils s’y sentent bien » (La Presse, 27 octobre 2011). Mais le plus souvent, les journalistes font un amalgame rapide, peu problématisé, comme dans cet autre article avec Val Desjardins daté du lendemain, où cette dernière est maintenant présentée comme une « militante pour la communauté queer, gaie » (La Presse, 28 octobre 2011).
 

Les qualificatifs de style

Le queer s’utilise également comme attribut pour qualifier un projet artistique ou alternatif. Pris ainsi, il se dote d’une valeur positive en raison de son côté contre-culturel, avant-gardiste, le donnant comme branché. C’est l’« atmosphère étrange, transgenre, insolente et sexy » du Cabaret Dada Queer (La Presse, 20 janvier 2010) ou l’« underground » des « clubs queer de Londres » (Metro Montréal, 9 juillet 2012). La valeur est souvent donnée par association, dans une énumération censée nous en faire comprendre le sens : « Indie, alternatif, queer – autant d’expressions pour éviter l’anathème hipster » (La Presse, 12 septembre 2012) ou encore « des lieux alternatifs, féministes, queer dans le Mile-End » (La Presse, 12 septembre 2012). Il est question de « queer-rap », de « queer foodies ». Le queer est un style qui se lie à la sexualité, à tout ce qui est sexy, transgressif.
 

Les qualitificatifs spaciaux

Cet underground est délimité géographiquement. C’est la « scène queer du Mile-End » (La Presse, 12 septembre 2012). Celle-ci s’oppose au Village gai en offrant des « Soirées gais et lesbiennes hors village » tel le Meow Mix (« soirées cabaret, art, performances queer ») et le Faggity Ass Friday: « soirées dansantes queer » (La Presse, 26 juillet 2010). La Presse va jusqu’à titrer « Le Village encore dans le coup? » (La Presse, 26 juillet 2010) et proclame l’endroit le « Mile-End lesbien – L’autre Village » (La Presse, 12 septembre 2012). Selon la journaliste, « les filles du Mile-End LGBT […] partagent non seulement un goût pour le taco maison, le style à la Janelle Monae et le tatouage artistique, mais aussi une certaine aversion pour le Village gai du centre-ville ». Ainsi, le queer se distingue géographiquement et sexuellement au niveau du genre.

Ce retour des espaces lesbiens à cet endroit est-il simplement un hasard? Dans les années 1980, Montréal a connu un « âge d’or lesbien » avec une véritable enclave de commerces et de lieux de socialisation exclusivement pour femmes34. Celui-ci était situé sur le Plateau, plus particulièrement autour des rues Mont-Royal et St-Denis. Selon Julie Podmore, ces espaces ont décliné dans les années 1990 avec l’embourgeoisement du Plateau, la consolidation du Village gai et le tournant queer pris par les lesbiennes. En attirant une nouvelle clientèle élargie et non plus seulement gaie, le Village a développé de nouvelles sortes de bars ; d’une part de larges complexes tel le Sky et le Drugstore et, d’autre part, des lieux spécialisés autour de certains types de musique, comme les after-hours ou les clubs country. Cela a eu un impact sur les plus petits bars comme ceux dédiés aux lesbiennes. Podmore note que : « avec le déclin des bars lesbiens et l’expansion de ces clubs queers, les lesbiennes se sont trouvées de plus en plus limitées à s’approprier l’espace de ces complexes alors que les hommes gais continuaient d’accéder aux complexes queers tout en gardant la plupart de leurs bars à l’entrée “restreinte”35. » Cela transforma également l’identité lesbienne, en fragmentant géographiquement et intergénérationnellement les solidarités lesbiennes. Certains bars du Village étaient décrits comme branchés, avec de plus jolies filles :

Les critiques des bars publiées dans les bulletins d’Info Lesbo/Lesbo Info (1992-1993) et dans Treize : revue lesbienne (1993) révèlent comment les bars lesbiens du Village étaient initialement perçus. […] K-2 et le très bref Sky Club Girls étaient remarqués pour la jeunesse de leur clientèle (au début de la vingtaine) et le fait qu’ils étaient les bars les plus à la mode. […] En contraste avec les bars du Village, le Lilith était décrit comme un bar qui servait de vieilles lesbiennes, principalement francophones36.

Le Mile-End queer, tout juste à côté du Plateau, aurait-il donc recueilli les réminiscences des vieux réseaux de socialisation lesbiens, déçus du Village? Ou s’agit-il plutôt d’un nouveau processus d’embourgeoisement comme celui qui a eu lieu dans le Centre-Sud? La seconde solution semble davantage plausible vu les enjeux de langue et la division selon l’âge : l’attractivité, le look, tout mise sur une clientèle jeune, n’ayant probablement pas connu les bars des années 1980-1990.
 

Les figures du dépassement identitaire

Trois articles offrent également des définitions différentes et parfois tout aussi peu claires que le terme lui-même. Si aucun journal ne fait mention du terme allosexuel, un article du Devoir souligne que le film Attention féministes! « aborde même le mouvement queer » et met en parenthèse l’explication « altersexuelle » sans la définir davantage37. Une lettre ouverte sur le G20 le définit comme « ce qui conteste les normes genrées »38. Un seul fait référence à un auteur académique et résume sa pensée ainsi : « la postféministe Judith Butler, Jeanne d’Arc de la théorie queer, proclame “la fin des identités sexuelles” et suggère la drag-queen, figure probable du prolétaire post-moderne, comme l’emblème des subversions futures39. » On retrouve dans ces trois exemples l’idée que le queer est un dépassement des catégories de l’orientation sexuelle.

Le principal point de tension qui ressort est relatif au fait que parfois queer vaut pour LGBT, et d’autres fois il vaut pour une valeur contraire. Le langage des journalistes reste souvent ambivalent face au sens à y donner. Plutôt que d’y voir une contradiction, il faut au contraire réfléchir à la manière dont ces définitions peuvent s’enrichir et se soutenir mutuellement. N’y a-t-il pas lieu de penser qu’en créant ces divisions, le queer se dote d’une valeur positionnelle et différentielle (à la façon dont la parole chez Saussure procède par division et mise en relations)? Une disjonction s’effectue selon des lignes générationnelles, géographiques et sexuelles à tout le moins. Le partage géographique s’effectue autant à l’international (le queer vient d’ailleurs, ce sont des noms étrangers qu’on ne peut traduire) qu’au niveau local (entre le Village et le Mile-End, quartier anglophone de Montréal, ce qui reproduit une autre division, linguistique cette fois). Cela rappelle les écueils qu’Halperin voyait dans ce terme :

Et tandis que certains usages de queer en font un synonyme virtuel de « gay », recyclant ainsi un essentialisme homosexuel démodé sous une étiquette branchée et dont le caractère non spécifiquement homosexuel finit par devenir suspect, d’autres usages font revenir le spectre ancien et persistant de la dé-spécification sexuelle. Ce qui fait du terme queer un mot plein d’équivoques, c’est que son absence de contenu définitionnel le rend disponible pour une appropriation par ceux qui n’ont pas fait l’expérience de ces formes uniques d’infériorisation politique et de disqualification sociale que les gays et lesbiennes connaissent de manière quasi quotidienne en raison de leur sexualité40.

Étant et n’étant pas à la fois gai, le queer s’évite le stigmate de l’homosexualité en s’ajoutant une valeur exotique, subversive et attrayante. Mais c’est également une façon de marquer sa dissension face à la représentation de l’homosexualité qui domine et qui fait du Village gai, du défilé, du mariage, les principaux sujets de nouvelles. Une représentation qui fait la part belle aux hommes et laisse souvent de côté les lesbiennes, les transsexuels, etc. C’est un peu ce vers quoi pointe cette démarcation générationnelle et de genre.

 

2.3 Le queer dans les magazines gais
 

Comme Carmen Diop le rapporte, les médias minoritaires, même en s’adressant à leurs communautés, reproduisent souvent les rapports de pouvoir de la société dominante41. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de retrouver des noyaux de sens similaires dans la presse gaie.
 

Les noms propres

Dans plusieurs cas, le mot n’apparaît que dans un nom propre, notamment les noms d’organismes ou d’événements tels que Iranian Queer, Queer McGill, PolitiQ – queers solidaires, Queerty ou Queer.de. On les retrouve également dans les noms de prix (Queer Lion, Queer Palm) et les titres de séries télévisées (Queer as Folk).
 

Les synonymes de LGBT

Le terme est souvent utilisé comme synonyme de LGBT. Cependant, contrairement à la presse grand public, il ne semble pas nécessiter une explication systématique. Certains textes passeront même indistinctement de LGBT à queer à gai. Comme dans le texte « À Delhi, le nightlife a bien changé depuis la dépénalisation » où il est parfois question de « la communauté gaie » et parfois de « milliers d’Indiens queers » se réunissant dans un bar42. De même, l’article de Patrick Brunette s’intitulant « Où sont donc les superhéros gais? » joue sur l’interchangeabilité des appellations43. Le chapeau de l’article s’ouvre sur les propos d’une conférencière au Comiccon : « Where are the Queer Superheroes?, voilà la question à laquelle Sophie Delmas s’attaquera lors du prochain Comiccon de Montréal, le week-end du 14 septembre, au Palais des Congrès. » Mais son article reprend la formule en français « mais où sont-ils donc ces superhéros queers? » S’agit-il ici d’une décision de la salle de presse lors de la mise en page pour rendre l’article plus accrocheur à un public francophone?
 

Les qualificatifs de style

L’utilisation de « queer » plutôt que « gai » pour qualifier une pratique artistique demeure répandue, bien que les caractéristiques associées au choix de l’un ou de l’autre mot soient peu explicitées. Ainsi, Bruce LaBruce est présenté comme « l’enfant terrible du cinéma queer » et l’article fait l’éloge de son style atypique, notamment par la présence de scènes pornographiques dans ses films. Nicolas Lavallée titre « Événements intrigants et poétiquement queer à Phénomena » et souligne d’entrée de jeu (les majuscules sont de lui) que « les artistes QUEER ont toujours été les bienvenus à Phénomena ». Les artistes y sont décrits comme transgenres, androgynes, subversifs et controversés. Dans un billet du temps des fêtes, Étienne Dutil présente la vidéo d’un couple homme-femme en costume de spandex parodiant visiblement la chanson « All I want for Christmas is you »44. Il qualifie cette « réinterprétation queer » d’« assez kitsch ». Mais certaines mentions sont moins évidentes. Dans un article dédié à la programmation du festival Juste pour rire, Yves Lafontaine prend un moment pour catégoriser l’humour de Jasmin Roy, ce qui n’avait pas été fait pour les autres humoristes présentés : « pour ceux et celles qui apprécient l’humour queer, Jasmin Roy revient, entourés d’humoristes, avec les Gaydailles pour trois soirs au Club Soda »45. Dans ce cas précis, c’est sans doute par considération stylistique que le mot a été préféré à gai, afin d’éviter une redondance avec le titre du spectacle. Cet usage détonne en revanche avec l’esthétique subversive associée aux autres spectacles. De la même manière, le festival Image + Nation joue sur ces deux plans. Il se présente comme « la fête la plus queer de l’année », mais si ce n’est qu’il présente du « cinéma queer innovateur », les autres utilisations du terme réfèrent surtout à un synonyme de LGBT46.  
 

Les qualificatifs identitaires

À quelques occasions, une opposition entre queer et LGBT se fait sentir. Celle-ci n’est pas à priori géographique comme dans la presse généraliste, mais elle se manifeste par une différenciation des deux concepts. Chantal Cyr parle de « culture queer et LGBT », Hector Cartier de « public visiblement gai et queer », Julie Vaillancourt de « rayons LGBT/Queer »47. Dans une lettre ouverte visant à critiquer la participation du groupe Queer contre l’apartheid israélien aux défilés de la Fierté de Toronto et de Montréal, Mark Wainberg l’intitule : « Les Queers contre les LGBT? » Mais la distinction est clairement faite dans un autre article de Cartier, portant sur le Mardi Gras de Sydney. Dans celui-ci, le responsable des communications du festival explique la raison les ayant poussés à enlever la dénomination gai et lesbienne de leur titre :

Les intérêts représentés lors du Mardi Gras ne sont pas seulement ceux des gais et des lesbiennes, mais aussi ceux des personnes bisexuelles, transgenres, queers et intersexes ; beaucoup de jeunes rejettent les étiquettes, et c’est à cette audience qu’il faut s’adresser pour pérenniser le Mardi Gras ; l’événement représente la célébration de la diversité et l’inclusion de tous, qu’ils appartiennent aux LGBTQI ou pas48.

On associe au queer non seulement une valeur différente de LGBT par son côté hors norme, rejetant les étiquettes, mais on y accole également une valeur générationnelle. Comme dans le cas d’allosexuel, les queers, ce sont les jeunes. Cette association fut renforcée lors d’un incident survenu dans le Village en 2013. Un groupe d’activiste ayant voulu contester le narratif mis de l’avant par la campagne de lutte contre l’homophobie du gouvernement du Québec a détourné leur visuel avec des images explicites. Avant que le groupe ne revendique l’action, les premières personnes interrogées par Fugues émirent l’hypothèse que ce ne pouvait être que le fruit d’homophobes ou « de militants queer extrémistes49 ». Plus intéressante est la réponse au communiqué de presse qui fut envoyé à la revue. En effet, Fugues le publie en soulignant à grand trait qu’il s’agit d’un « groupe de jeunes activistes queer », un « collectif de jeunes contestataires », alors que le communiqué ne fait nullement référence à l’âge de ses auteurs50

À noter que le Être magazine laisse présager que la division géographique n’est pas le propre de Montréal. Dans « Toronto : le queer se porte bien à l’ouest », le magazine parle des commerces de la ville-reine se trouvant à l’extérieur de la zone gaie locale :

Histoire de briser le monopole de Church Street, plusieurs établissements GLBT ont émergé, ces dernières années, à l’ouest de la métropole ontarienne. Se voulant plus « queers » et artistiques, ils permettent une diversité à l’intérieur de la communauté51.

Dans l’un des bars, la clientèle s’est même légèrement transformée avec le temps, passant d’un bar de lesbiennes à un bar queer, favorisé par de jeunes hipsters :

Si, au départ, l’établissement (1279 Queen Street) de Nav Sangha et Chris Harper (deux DJs) s’adressait davantage aux lesbiennes, la diversité est aujourd’hui de mise. Les quelques hétéros qui traînent dans le coin sont d’ailleurs décrits par la presse locale comme « bien élevés ». Que demander de plus? Plus concrètement, ce sont des hipsters, surtout des jeunes âgés entre 20 et 30 ans, qui se donnent ainsi rendez-vous au cours des nombreuses soirées organisées par l’établissement52.

Le phénomène de Montréal semble donc également se reproduire dans d’autres villes.
 

Les qualificatifs théoriques

Finalement, une certaine perception est véhiculée qui considère le queer comme étant un courant intellectuel plutôt qu’identitaire. Le Être magazine nous en donne un bel exemple lorsqu’il fait rapport d’une conférence d’Alexandre Baril :

Cette conférence a rassemblé plus d’une cinquantaine de personnes, pour la plupart déjà familières avec la mouvance queer. Leur connaissance parfois très pointue du sujet a donné lieu à des commentaires et des questions parfois très intellectualisées, à l’image du milieu d’où proviennent ces idées53.

Trop intellectuel, académique ; cela contraste avec les définitions proposées plus haut de queer et ne rend pas compte de son utilisation courante par les journalistes gais. Après tout, le milieu académique et ses théoriciens sont très peu représentés dans les articles.

Il semblerait donc que le terme puisse se doter à la fois d’une valeur positive et d’une valeur négative. Quand il s’agit de parler d’art et de culture, un penchant favorable lui est attribué. Mais quand il s’agit de politique, le terme prend une connotation péjorative et vise à renforcer certaines barrières, voire à dénigrer certaines actions de membres de la communauté : trop intellectuel, trop extrémiste, trop marginal, trop jeune. On lui reproche alors de s’attaquer au mode de vie gai, ce que le queer appellerait l’homonormativé. Là encore, il est intéressant de réfléchir à la manière avec laquelle le queer vient travailler les frontières de la représentation de l’homosexualité, au sein même de la communauté. Quel pouvoir vient-il ainsi déranger ou consolider, sur quels stéréotypes s’appuient-ils? Doit-on voir sa réutilisation dans le domaine culturel comme une façon de valoriser le prétendu potentiel créatif qui viendrait avec une sexualité marginale? Suivant le modèle d’Eve Kosofky Segdwick, l’homosexualité peut être conçue comme « un espace de forces définitionnelles opposées, conflictuelles et se chevauchant54. » Pour elle, dans les débats entre nature et culture, entre l’inné et l’acquis,

[…] les questions de la définition moderne de l’homo/hétérosexualité sont structurées non pas par la suppression d’un modèle et le flétrissement conséquent d’un autre, mais bien plutôt par les relations rendues possibles par la coexistence non rationalisée de différents modèles durant les périodes où ils coexistent effectivement55

Ainsi, il ne faut pas concevoir les différentes utilisations du queer comme des incohérences, mais comme des stratégies de positionnement visant à assurer un pouvoir sur la représentation de l’homosexualité et sur les valeurs qui lui sont attribuées. Tourisme Montréal semble bien l’avoir compris, l’agence ayant mis sur pied le concours Queer of the Year. Misant sur le côté subversif du terme et son attrait pour une jeune génération, cet événement vise à faire de Montréal une destination de choix sur le marché du tourisme rose.

 

3. Le cas de Queer of the Year 
 

Qu’est-ce que Queer of the Year? La formule est similaire aux concours de beauté du genre Miss Canada ou Mr Cuir. À la suite d’une sélection par des juges, quelques candidats de l’extérieur du Québec sont amenés à Montréal pour participer à différentes épreuves, culminant avec le couronnement de la personne choisie lors du défilé de la Fierté. Le tout est filmé et mis en ligne sous forme de capsules sur un blogue. Le choix a été fait de ne promouvoir cet événement qu’en anglais, étant donné son public cible international, mais il obtient tout de même une bonne couverture locale francophone. Selon Fugues, l’opération « vise à positionner Montréal comme destination de choix pour la nouvelle génération LGBT, et ce, autant au niveau national qu’international56. » L’utilisation des nouvelles technologies (médias sociaux, vidéos) est mise de l’avant pour aller chercher ce public jeune et ce, de façon attrayante par des épreuves ludiques. Mais Fugues nous rassure :

Querelles autour d’une sauce à spaghetti, beuveries qui tournent à l’orgie et mise en valeur de quotients intellectuels inférieurs à celui du pigeon sont toutes des situations malaisantes pour lesquelles vous n’aurez pas à vous désoler en suivant sur Facebook la deuxième édition du concours Queer of the year. En effet, l’initiative lancée par Tourisme Montréal mettra en vedette des gais et lesbiennes aux caractéristiques honorables, qui se disputeront de façon diplomate le titre de Queer of the year57.

Ainsi, l’aura de subversion, de nouveauté associée à ce mouvement est à son tour réalignée vers le normal, le gai et lesbien. Le queer devient ici un outil de marketing pour attirer une clientèle plus jeune en évitant de rester confiné dans l’étiquette identitaire. Si l’on vit réellement dans le monde post-queer dont parle Ruffolo, un monde post-discrimination où l’orientation sexuelle des gens n’est plus un problème et le rejet ne conditionne plus les affects du sujet homosexuel, le queer pourrait bien représenter cette nouvelle génération n’ayant pas connu la discrimination58. Mais le tournant que fait prendre Tourisme Montréal au terme rappelle les visées assimilationnistes qui correspondaient à l’invention d’allosexuel. Alors même que Teresa de Lauretis employait le terme queer pour problématiser l’expression « gais et lesbiennes »59, il y a lieu de s’inquiéter du déplacement vers l’idiome « LGBT et queer ». Loin de questionner la relation aux étiquettes, l’expression dans cette forme médiatique ne prône qu’une nouvelle identité sans mettre à jour les rapports politiques qui la sous-tendent.

De la théorie et du contexte américain lui ayant donné naissance, que gardons-nous du queer? Probablement bien peu. Pourtant, il y a quelque chose d’intéressant dans cette réception, dans cette capacité à prendre de multiples significations, parfois positives, parfois négatives. David Halperin parle du « vide de toute référentialité » qui lui donne sa force conceptuelle60. Sous cette forme, il n’évite peut-être pas une récupération par les systèmes de pouvoir, mais il laisse tout de même présager une brèche dans la représentation traditionnelle de l’homosexualité. Peut-être remplace-t-il simplement des étiquettes comme homosexuel et gai, chacune étant datée historiquement et portant son lot de significations. À l’époque, certains ont trouvé utile de faire des distinctions entre homosexuel et gai alors qu’aujourd’hui ces descripteurs ont laissé tomber dans le langage courant plusieurs des nuances qui les opposaient. Même sous une forme capitaliste comme celle qu’il prend dans le concours de Tourisme Montréal, le queer laisse présumer de nouvelles façons de vivre son orientation sexuelle, de nouvelles façons de la nommer. Peut-être est-ce à cause de l’évolution rapide du contexte social, les différences générationnelles semblent être un moteur important de ce besoin de nouvelles étiquettes. Les particularités géographiques et de genre laissent également entrevoir un besoin de réfléchir à la représentation majoritaire de l’homosexualité dans les médias, une représentation souvent donnée comme cohérente et allant de soi, cachant du coup les privilèges qu’une telle identité accorde à certains.

 

  • 1. P. BOURDIEU, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 145, décembre 2002.
  • 2. D’après la notion développée par H. R. JAUSS, Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1990.
  • 3. Voir le mémoire de B. HÉBERT, Queer Spaces of Montreal: Sites of Utopian Sociality and Terrains of Critical Engagement. Thèse de maîtrise de sociologie et d’anthropologie, Montréal, Université Concordia, 2012.
  • 4. D. ÉRIBON, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse, 2003, p. 395-398.
  • 5. LGBTTTI2AQQ pour lesbienne, gai, bisexuel, transsexuel, transgenre, travesti, intersexe, bispirituel, asexuel, queer et en questionnement.
  • 6. T. de LAURETIS, Théorie queer et cultures populaires. De Foucault à Cronenberg, Paris, La Dispute, 2007.
  • 7. D. HALPERIN, Saint Foucault, Paris, Éditions Amsterdam, 2000.
  • 8. D. ÉRIBON, op. cit., p. 395-398.
  • 9. Dans son livre Why Stories Matter, Clare Hemmings souligne d’ailleurs que le nom de Judith Butler agit maintenant comme lieu commun dans les textes académiques. L’impact des travaux de la philosophe américaine seraient à l’origine d’un tel tournant dans la sphère féministe que les théoriciennes peuvent maintenant utiliser son nom pour convoquer un contexte (le postmodernisme) sans avoir à interagir avec ses travaux. Voir C. HEMMINGS, Why Stories Matter. The Political Grammar of Feminist Theory, Durham, Duke University Press, 2011.
  • 10. M.-H. BOURCIER, Queer Zones 3 – Identités et cultures politiques, Paris, éditions Amsterdam, 2011, p. 106.
  • 11. S. AHMED, Queer Phenomenology, Durham, Duke University Press, 2006, p. 160-162.
  • 12. M. GOSSELIN DIONNE, « L’organisation des désirs, c’est bien le genre des anarchistes » in R. Bellemare-Caron et al., Nous sommes ingouvernables – les anarchistes au Québec aujourd’hui, Montréal, Lux, 2013.
  • 13. M. CERVULLE & N. REES-ROBERTS, Homo Exoticus – Race, classe et critique queer, Paris, Armand Colin et Ina éditions, 2010, p. 137.
  • 14. C’est l’avis de Shane Phellan tel que cité dans S. JEFFREYS, Unpacking Queer Politics, Cambridge, Polity Press, 2003, p. 33.
  • 15. Selon François Cusset, le domaine de la sexualité et du genre est « le terrain où va s’avérer le plus fécond le ferment théorique français », ce qu’il appelle la French Theory, c’est-à-dire la réception académique américaine de ces auteurs de l’Hexagone. Dans F. CUSSET, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, Paris, La Découverte, 2003, p. 158.
  • 16. S. JEFFREYS, Unpacking Queer Politics, Cambridge, Polity Press, 2003.
  • 17. Office québécois de la langue française, « allosexuel », Grand dictionnaire terminologique, 2005. En ligne : <http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8360952> (consulté le 14 juillet 2013).
  • 18. Le Néo s’occupe de L’Apparte, un « milieu de vie pour les jeunes de 12 à 17 ans ». En ligne : <www.le-neo.com>. Le site web de Jeunesse Idem titre « le portail des jeunes allosexuels ». Voir en ligne : <www.jeunesseidem.com>. Pour plus d’information sur la CJMLH, voir en ligne : <www.coalitionjeunesse.org>.
  • 19. Forum jeunesse de l’île de Montréal. En ligne : <www.fjim.org/v3/quisommesnous.asp#membre>.
  • 20. Voir par exemple le Groupe de travail sur le personnel académique lesbien, gai, bisexuel, transgenre, allosexuel et bi-spirituel. En ligne : <http://www.caut.ca/fr/au-sujet/comites-et-groupes-de-travail/lesbian-gay-bi-sexual-transgendered-queer-and-2-spirited-academic-staff-working-group#sthash.JQCUft5U.dpuf> (consulté le 14 juillet 2013).
  • 21. Tel que souligné par le blogue sur l’asexualité Critique of popular reason. Voir : Anonyme, « Allosexuel and allosexual », Critique of popular reason, publié le 8 août 2012. En ligne : <http://pianycist.wordpress.com/2012/08/08/allosexuel-and-allosexual/> (consulté le 14 juillet 2013).
  • 22. Notamment « “Allosexuel” and “Allosexual” », Critique of popular reason. En ligne : <http://pianycist.wordpress.com/2012/08/08/allosexuel-and-allosexual/> ; « Asexual Perceptions of Allosexuals », The Asexual Agenda. En ligne : <http://asexualagenda.wordpress.com/2012/08/05/asexual-perceptions-of-allosexuals/> ; « On Allosexism », Asexuality Exists. En ligne : <http://asexualityexists.tumblr.com/post/29138181610/on-allosexism> ; « Why words like allosexual and consexual are needed in asexual-spectrum discourse », None of the above. En ligne : <http://aceeccentric.tumblr.com/post/28716769876/why-words-like-allosexual-and-consexual-are-needed-in> (tous les sites consultés le 14 juillet 2013).
  • 23. REJAQ, « Règlements généraux », 18 avril 2004.
  • 24. REJAQ, Mémoire déposé à la Consultation publique sur la Stratégie d’action jeunesse 2005-2008 du Gouvernement du Québec, 2005. Disponible en ligne : <http://www.conseil-lgbt.ca/uploads/files/regroupement-entraide-pour-la-jeunesse-allosexuelle-du-quebec.pdf> (consulté le 14 juillet 2013).
  • 25. C. METCALFE, « Êtes-vous allosexuel(le)? », Fugues, août 2002. Disponible en ligne : <http://www.fugues.com/main.cfm?l=fr&p=100_article&article_ID=1251> (consulté le 14 juillet 2013).
  • 26. Chacune des chroniques de Richard Burnett se termine sur une mention du style : « Richard Burnett is Editor-at-Large of Montreal’s Hour magazine where he writes his national queer-issues column Three Dollar Bill ».
  • 27. Le « outing » est le fait de dévoiler publiquement l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne sans son consentement.
  • 28. G. PAQUIN, « Devant 5000 partisans, Preston Manning accuse Ottawa de compromettre la sécurité sociale », La Presse, 13 juin 1991. L’existence des chapitres montréalais de Act Up et Queer Nation est connue et répertoriée (le film United in Anger sur l’histoire de Act Up en fait d’ailleurs mention dans son générique). Cependant, je n’ai pas pu mettre la main sur des documents indiquant les dates d’opération exactes des groupes à Montréal.
  • 29. BPI, « Sexe, violence et controverse », La Presse, 14 mars 1992 ; « Les gais menacent les Oscars », La Presse, 14 mars 1992, p. E3.
  • 30. Pour plus d’information sur les Panthères roses, voir la monographie sur le sujet : CRAC, Les panthères roses de Montréal : un collectif queer d’actions directes, Montréal, Collectif de recherche sur l’autonomie collective, 2010.
  • 31. À l’exception des chiffres de The Gazette, les données ont été récoltées à partir de la base de données Eureka.cc.
  • 32. Le 24 heures Montréal est plus récent que les autres quotidiens à l’étude, ce qui explique ses résultats plus faibles.
  • 33. Les données pour The Gazette ont été récoltées à partir de Proquest. Cela peut expliquer l’écart des chiffres pour « gay » et « gai ».
  • 34. Cf. J. PODMORE, « Gone ‘underground’? Lesbian visibility and the consolidation of queer space in Montréal », Social & Cultural Geography, vol. 7, no 4, 2006.
  • 35. « With the decline in lesbian bars generally and the expansion of these queer clubs, lesbians increasingly found themselves limited to appropriating space in such complexes while gay men continued to access the queer complexes and retain many of their own ‘restricted’ entry bars. »  J. PODMORE, « Gone ‘underground’? Lesbian visibility and the consolidation of queer space in Montréal », loc. cit., p. 616 (ma traduction).
  • 36. « Bar reviews published in the Info lesbo/Lesbo Info newsletter (1992–1993) and in Treize: revue lesbienne (1993) reveal how the Village lesbian bars were initially perceived. […] K-2 and the short-lived Sky Club Girls were noted for the youth of their clientele (early twenties) and the fact that they were the most fashionable bars. [...] In contrast with the fashionable bars of the Village, Lilith was described as a bar that served older, primarily Francophone lesbians. » J. PODMORE, loc. cit., p. 618 (ma traduction).
  • 37. M.-P. FRAPPIER, « Télévision à la une – Un homme sur deux est une femme », Le Devoir, 3 mars 2012.
  • 38. X. DIONNE, « Réflexions sur le G20 », Le Devoir, 5 juillet 2010.
  • 39. M. LAPIERRE, « Politique – Belles ivresses de gauche déçues », Le Devoir, 8 janvier 2011.
  • 40. D. HALPERIN, Saint Foucault, Paris, Éditions Amsterdam, 2000, p. 78.
  • 41. C. DIOP, « Point de vue situé : Médias panafricains francophones et reproduction des rapports de pouvoir - Années 1980/1990 », @Migrinter, no 10, 2013.
  • 42. E. DUTIL, « À Delhi, le nightlife gai a bien changé depuis la dépénalisation », Fugues, 4 juillet 2011.
  • 43. P. BRUNETTE, « Où sont donc les superhéros gais? », Fugues, 29 septembre 2012.
  • 44. DUTIL, Étienne, « Quand Noël se fait queer », Fugues, 4 décembre 2012.
  • 45. Y. LAFONTAINE, « Un cru qui s’améliore chaque an », Fugues, 15 juin 2010.
  • 46. H. CARTIER, « 23e festival image+nation : Le monde LGBT à votre portée! », Fugues, 25 octobre 2010.
  • 47. C. CYR, « “En el Futuro” reçoit le Lion d’Or gay à Venise », Fugues, 12 septembre 2010 ; H. CARTIER, « Kazaky, la sensation musicale et chorégraphique de gaie l’heure nous revient avec un message d’“amour” », Fugues, 25 février 2011 ; J. VAILLANCOURT , « FORMATS dévoile sa section LGBT », Fugues, 26 septembre 2012.
  • 48. H. CARTIER, « Le Mardi Gras de Sydney aura lieu ce week-end sur fond de polémique… », Fugues, 29 février 2012.
  • 49. Y. LAFONTAINE, « Une insolite campagne visant la provocation », Fugues, 19 avril 2013.
  • 50. Y. LAFONTAINE, « La campagne d’affiches explicites serait l’œuvre d’un groupe queer inconnu », Fugues, 19 avril 2013.
  • 51. Webmestre Être, « Toronto : le queer se porte bien à l’ouest », Être en ligne, 25 novembre 2011.
  • 52. Ibid.
  • 53. Webmestre Être, « Conférence d’Alexandre Baril : où loge le queer? », Être en ligne, 4 juin 2011.
  • 54. E. KOSOFSKY SEDGWICK, Épistémologie du placard, Paris, éditions Amsterdam, 2008, p. 64.
  • 55. Ibid, p. 66.
  • 56. Y. LAFONTAINE, « Montréal ville ouverte... au tourisme gai », Fugues, 26 juillet 2012 (les italiques sont de moi).
  • 57. Y. LAFONTAINE, « Montréal couronne la queeritude », Fugues, 28 juillet 2011.
  • 58. D. V. RUFFOLO, Post-queer Politics, Farnham, Ashgate, 2009.
  • 59. Cf. T. de LAURETIS, Théorie queer et cultures populairesop. cit.
  • 60. Cf. D. HALPERIN, Saint Foucaultop. cit., p. 123.
Bibliographie 

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CERVULLE, Maxime & Nick REES-ROBERTS, Homo Exoticus – Race, classe et critique queer, Paris, Armand Colin et Ina éditions, coll. « Médiacultures », 2010.

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DIOP, Carmen, « Point de vue situé : Médias panafricains francophones et reproduction des rapports de pouvoir – Années 1980/1990 », @Migrinter, no 10, 2013.

ÉRIBON, Didier (dir.), Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse, 2003.

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OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE, « allosexuel », dans Grand dictionnaire terminologique, 2005. En ligne : <http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8360952> (consulté le 14 juillet 2013).

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—, Mémoire déposé à la Consultation publique sur la Stratégie d’action jeunesse 2005-2008 du Gouvernement du Québec, 2005. Disponible en ligne : <http://www.conseil-lgbt.ca/uploads/files/regroupement-entraide-pour-la-jeunesse-allosexuelle-du-quebec.pdf> (consulté le 14 juillet 2013).

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Corpus d’analyse
 

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Pour citer cet article 

LAPRADE, Bruno, « Queer in Québec :  étude de la réception du mouvement queer dans les journaux québécois », Cygne noir, no 2, 2014. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/queer-in-quebec> (consulté le xx/xx/xxxx).

À propos de l'auteur·e 

Bruno Laprade est doctorant en sémiologie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). En savoir plus Bruno Laprade.