Pour une approche sémiotique des monuments et des mémoriaux

Auteur·e 
Federico BELLENTANI
Mario PANICO
Résumé 

Les recherches antérieures ont étudié les monuments et les mémoriaux comme des constructions purement esthétiques, d’une part, et comme de puissants outils servant la reproduction de l’autorité et du contrôle, d’autre part. Ce faisant, ces recherches ont, volontairement ou non, créé un fossé entre les dimensions matérielle, symbolique et politique des monuments. Certains travaux ont également mis l’emphase sur les intentions des concepteurs au détriment des interprétations des usagers des monuments, et inversement. Dans cet article, nous proposons une approche holistique pour décrire comment ces différents aspects se recoupent et se complètent dans la signification des monuments. Ce texte a plus généralement pour but de fournir les principes de base d’une approche sémiotique des monuments et des mémoriaux.

Publication originale anglaise : « The meanings of monuments and memorials: toward a semiotic approach », Punctum, vol. 2, no 1, 2016, p. 28-46. Traduction : Emmanuelle Caccamo, avec la collaboration de Simon Levesque.

 

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Texte intégral 

1. Introduction

Les dictionnaires actuels définissent les monuments et les mémoriaux en mettant l’emphase sur leurs fonctions commémoratives : peu importe leur apparence ou leur taille, les monuments sont des constructions explicitement érigées pour rappeler aux gens des personnes et des événements importants1 – mais importants pour qui? Souvent, les États contemporains privilégient les groupes dominants. Étant subordonnée à l’État, la planification urbaine peut être utilisée pour servir les intérêts des élites politiques2. Il en va de même pour la conception des monuments : les élites politiques ont plus de pouvoir et de ressources pour installer des monuments et des mémoriaux3. Celles-ci utilisent les monuments pour traduire spatialement leurs visions dominantes du monde. Conséquemment, les monuments représentent des récits historiques sélectifs qui se concentrent seulement sur les événements et les identités les plus accommodantes pour la classe dominante.

Ceci est particulièrement évident dans les villes postsoviétiques4. Durant la transition, les élites politiques des pays postsoviétiques ont mis en place de nouveaux monuments de façon à amener les citoyens à célébrer de nouveaux idéaux. Généralement, ce processus a été simultanément accompagné par la reconstruction, la relocalisation et le retrait de monuments érigés durant la période soviétique5. Ces interventions sur l’environnement bâti hérité de l’ère soviétique sont toujours en cours dans certains pays : par exemple, en avril 2015, le gouvernement ukrainien a adopté des lois visant à supprimer les monuments soviétiques.

Cependant, ces interventions sur les monuments soviétiques sont loin d’avoir fait l’unanimité et se sont soldées par des discussions politiques ardentes, des tensions sociales et des conflits6. Les controverses entourant la signification des monuments dans les villes postsoviétiques montrent en premier lieu que les monuments ne sont pas des décorations urbaines neutres, mais bien d’importantes références en termes d’identité et de mémoire culturelles. De plus, ces controverses démontrent que les élites politiques ne peuvent pleinement contrôler la façon dont les individus et les communautés interprètent les monuments. Une fois érigés, les monuments « peuvent être utilisés différemment, leur sens reformulé et réinterprété, parfois de façon opposée ou contraire aux intentions de ceux qui les ont mis en place7 ».

L’étude des monuments est demeurée jusqu’ici plutôt marginale au sein des sciences humaines et sociales. Cela pourrait notamment s’expliquer par le fait qu’une multitude de disciplines a étudié les monuments depuis différents points de vue ; le terme « monument » a alors pris une définition vague, allant des constructions purement esthétiques aux puissants outils servant la reproduction de l’autorité et du contrôle. Les études urbaines et l’histoire de l’art ont exploré les monuments comme des objets esthétiques, en se concentrant sur leur valeurs historiques et artistiques immanentes. La géographie humaine et culturelle a analysé les monuments comme des outils politiques visant à légitimer le pouvoir politique. Alors que les études urbaines et l’histoire de l’art ont largement sous-estimé la dimension politique des monuments, les géographes ont rarement exploré la manière dont les aspects matériels et symboliques sont reliés à la dimension politique des monuments.

Dans cet article, nous proposons une approche holistique pour décrire comment ces différents aspects se recoupent et se complètent dans la signification des monuments. Une approche sémiotique des monuments peut fournir des outils appropriés pour enquêter sur les dimensions matérielle, symbolique et politique des monuments, en tant que dimensions interdépendantes. Ce faisant, la sémiotique peut revoir les distinctions rigides qui ont caractérisé les recherches antérieures sur les monuments, telles que matériel/symbolique, visuel/politique, art/pouvoir, concepteur/usager. L’analyse sémiotique rend compte de la dimension dialogique de la circulation du sens entourant les monuments et, plus spécialement, de l’interaction entre les interprétations des concepteurs et celles des usagers8. Finalement, la sémiotique peut être utile pour explorer la manière dont les individus et les communautés interprètent différemment le sens des monuments.

Dans la deuxième partie de cet article, nous passons en revue les principales approches théoriques et analytiques de la production sémiotique des monuments. Dans la troisième partie, en suivant les propositions de la sémiotique du texte, nous défendons un modèle d’après lequel les concepteurs et les usagers contribuent également à la signification des monuments. Dans la quatrième partie du texte, nous distinguons quatre fonctions signifiantes autonomes, bien que reliées : les fonctions cognitive, axiologique, affective et pragmatique. Dans la cinquième partie, nous décrivons deux dimensions autonomes mais rattachées : la dimension visuelle, divisée en matérielle et symbolique, et la dimension politique. La distinction entre les dimensions visuelle et politique est un outil analytique très utile, mais elle a ses limites : en pratique, les dimensions visuelle et politique fonctionnent toujours ensemble et s’influencent mutuellement par le biais de médiations continues. Dans la dernière section, nous expliquons que le contexte culturel, et l’espace environnant en particulier, influencent de manière importante la signification des monuments.

 

2. Comment les monuments ont-ils été étudiés?

L’étude des monuments est demeurée jusqu’ici plutôt marginale dans les sciences humaines et sociales. Il existe cependant un nombre significatif d’études qui s’intéressent à différents aspects des monuments. Les historiens de l’urbanisme et les historiens de l’art ont considéré les monuments comme des objets physiques et esthétiques qui présentent une valeur historique et artistique. Dans ce cadre, les chercheurs ont exploré le contexte stylistique dans lequel ces monuments ont été érigés en portant une attention particulière à la dimension visuelle, en décrivant en détail les matériaux de construction, la taille et les couleurs utilisées. L’iconographie a été largement mobilisée pour identifier les symboles conventionnels représentés sur les monuments. D’autres approches ont préconisé une compréhension plus interprétative des monuments en utilisant l’« iconologie » pour explorer la « signification intrinsèque » qui révèle « la mentalité de base d’une nation, d’une période, d’une classe, d’une conviction religieuse ou philosophique9 ».

Les études sociologiques et anthropologiques, quant à elles, se sont principalement concentrées sur les fonctions commémoratives des monuments en attirant l’attention sur les pratiques des usagers. Dans ce cadre, les monuments ont été considérés comme des formes construites érigées pour commémorer les événements et les individus qui ont de l’importance pour un groupe ou une communauté donnée. Aloïs Riegl explique que la commémoration a été, depuis leurs origines, la fonction traditionnelle des monuments :

Par monument, au sens le plus ancien et véritablement originel du terme, on entend une œuvre créée de la main de l’homme et édifiée dans le but précis de conserver toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures le souvenir de telle action ou telle destinée (ou des combinaisons de l’une et de l’autre) 10.

Riegl a aussi mis de l’avant l’idée selon laquelle les gouvernements devraient préserver les monuments dès lors que ces derniers présentent une valeur tant du point de vue artistique qu’historique. De façon similaire, Roger W. Caves a montré que la préservation des monuments dépend à la fois de valeurs artistiques et de fonctions commémoratives. Il a établi qu’un monument est :

[u]ne construction ou un édifice pétri de valeurs culturelles, historiques et artistiques. Ces valeurs justifient la conservation et l’entretient des monuments. Historiquement, l’idée du monument est étroitement liée à la commémoration (d’une victoire, d’un jugement, d’une nouvelle loi). Dans l’espace urbain, les monuments sont devenus une part du paysage des villes, des points de référence ou des éléments fondateurs de l’identité d’un lieu. Ils peuvent être enrichis par des fonctions éducatives et politiques […] aussi bien qu’artistiques et commémoratives11.

Les géographes ont élaboré une approche différente, qui considère les fonctions commémoratives comme essentiellement politiques. Depuis que David Harvey a analysé la controverse politique entourant la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris12, des recherches nombreuses et variées en géographie humaine et culturelle ont envisagé les monuments comme des instruments dans les mains de ceux qui sont au pouvoir servant à promouvoir des récits historiques particuliers et des visions du monde dominantes13. Ces recherches ont largement examiné comment les monuments peuvent créer des récits historiques sélectifs. Ce faisant, certains géographes ont considéré les monuments comme des « lieux de mémoire14 », c’est-à-dire des lieux matériel, symbolique et fonctionnel capables de « cadrer et de mettre en forme le contenu de ce qui doit être rappelé15 ». Puisque la mémoire est à la base de toute construction identitaire, les géographes ont mis l’accent sur le rôle des monuments dans la définition de l’identité collective et nationale. Dans ce contexte, ils ont étudié comment l’élite politique se sert des monuments pour façonner et renforcer des sentiments d’unité et d’identité nationale16.

Le but de ces recherches en géographie a été de dévoiler les discours dominants auxquels les monuments donnent corps : quelle histoire, quelle ethnicité, quel genre et quelle nationalité sont représentés par les monuments? Qu’effacent-ils ou que cachent-ils? Cet oubli est-il délibérément planifié en vue de créer un « paysage commémoratif17 » (landscape of remembrance) dominant?

Les études géographiques portant sur les monuments se sont généralement appuyées sur une opposition rigide entre concepteurs et usagers. Certains géographes ont considéré les interprétations des usagers comme des réactions spontanées aux significations proéminentes des élites politiques. Ils ont ainsi assumé que les « cultures dominantes » avaient plus de pouvoir pour véhiculer leurs visions du monde dans l’espace18.

D’autres géographes ont envisagé les monuments comme supportant potentiellement toutes les interprétations possibles au-delà même des intentions des concepteurs. Dans ce cas, les « cultures alternatives19 » interprètent les monuments de façon « différente ou même contraire aux usages prévus par les constructeurs ou “propriétaires”20 ». Cette approche s’est particulièrement concentrée sur les circonstances politiques controversées dans lesquelles les mouvements d’opposition et de résistance « s’approprient » les monuments et les « transforment » en des « formes symboliques qui assument de nouvelles significations21 ».

Bien que la distinction entre les concepteurs et les usagers puisse être un outil analytique d’intérêt, nous soutenons que les concepteurs et les usagers contribuent de façon égale à la création et au développement de la signification des monuments. Suivant les propositions de la sémiotique du texte, la prochaine section suggère de dépasser cette distinction.

 

3. L’interprétation des monuments : entre concepteurs et usagers

Dans sa critique des théories contemporaines de l’interprétation dans le domaine littéraire, Umberto Eco explique que la recherche sur l’interprétation textuelle a été polarisée entre ceux qui supposent que les textes peuvent être seulement interprétés en accord avec les intentions de l’auteur et ceux qui considèrent que les textes peuvent supporter de multiples interprétations22. Pour Eco, l’interprétation tient plutôt dans une position intermédiaire entre ces deux pôles, entre les intentions de l’auteur et les intentions des lecteurs23.

Bien qu’elle prenne en compte l’idée que les auteurs disposent de plusieurs stratégies pour contrôler les interprétations des lecteurs, cette approche dépasse l’idée qu’une interprétation « appropriée » ne puisse être effectuée à la seule condition que les textes soient interprétés en accord avec les intentions des auteurs. Eco regroupe ces stratégies sous le terme de « lecteur modèle24 ». Selon ce modèle, les auteurs  construisent une image de leur lectorat en supposant le bagage social, l’éducation, les traits culturels, les goûts et les besoins de celui-ci. Par conséquent, les textes réfèrent toujours à un certain lectorat, anticipant certaines interprétations et résistant à d’autres25.

Même si les auteurs cherchent à contrôler les interprétations des usagers, les textes ne fonctionnent pas comme de simples « appareils de communication » imprimant leurs significations directement dans l’esprit des lecteurs26. Les textes sont des productions esthétiques qui conservent toujours une part d’inexpliqué : « […] tout texte est une machine paresseuse qui prie le lecteur d’accomplir une partie de son propre travail. Gare si un texte disait tout ce que son destinataire doit comprendre : il n’en finirait plus27. »

En tant que productions esthétiques, les textes deviennent les « loci » où les auteurs et les lecteurs négocient continuellement leurs interprétations : d’une part, les auteurs cherchent à contrôler les interprétations des lecteurs ; d’autre part, les lecteurs interprètent les textes en fonction de leurs besoins. Pourtant, certaines contraintes limitent l’éventail des interprétations qu’un texte permet :

Dire de l’interprétation (comme aspect fondamental de la sémiosis) qu’elle est potentiellement illimitée, cela ne veut pas dire que l’interprétation est sans objet, ni qu’elle « erre » (riverruns) en ne se souciant que d’elle-même. Dire qu’un texte n’a potentiellement pas de fin, cela ne veut pas dire que tout acte d’interprétation est à même de s’achever de manière réussie28.

Le problème des limites de l’interprétation peut donc être dépassé en explorant l’interaction complexe entre les auteurs, le lectorat et les textes eux-mêmes. Dvora Yanow le dit elle-même : « […] le sens ne réside pas dans l’un ou l’autre – c’est-à-dire pas exclusivement dans l’intention de l’auteur, dans le texte lui-même ou dans la lecture – mais émerge plutôt des interactions entre les trois, au sein de l’écriture et au sein de la lecture29. »

De façon similaire au texte, les environnements bâtis préfigurent un ensemble d’interprétations et d’usages possibles et en interdisent d’autres. Les concepteurs emploient différentes stratégies spatiales afin de créer des habitudes interprétatives et d’amener les usagers à avoir une compréhension spécifique de ces environnements. Paraphrasant Eco, Gianfranco Marrone parle d’« usager modèle » pour qualifier les usagers qui se conforment à ces habitudes interprétatives et qui jouissent des bâtiments selon les intentions premières30.

Dans un essai sur l’architecture, Eco défend l’idée qu’à travers certains choix de design, les concepteurs peuvent persuader les usagers d’interpréter l’architecture selon le sens intenté. De cette façon, l’œuvre architecturale elle-même donne des instructions sur l’usage qu’il est approprié de faire d’elle :

Le discours architectural est persuasif ; […] je suis amené par une douce violence (même si je ne m’en rends pas compte) à suivre les instructions de l’architecte, qui ne se limite pas à donner un sens aux fonctions mais qui les provoque et les suscite […]31

Cependant, de la même façon que les auteurs ne peuvent contrôler l’interprétation des lecteurs, les concepteurs ne peuvent prédéterminer complètement l’interprétation qui sera faite de l’environnement bâti. En fait, seulement quelques usagers se conforment à l’« usager modèle » et des interprétations qui divergent par rapport aux intentions du concepteur peuvent émerger. Un environnement bâti peut conséquemment faire l’objet d’usages auxquels les concepteurs n’auraient jamais pensé.

Eco parle de « décodage aberrant32 » lorsque l’interprétation d’un message diffère de l’intention première. Selon lui, le décodage divergent de l’architecture a surtout lieu inconsciemment. Les messages des architectures fonctionnelles, à l’exemple d’édifices, sont plutôt coercitifs et, en même temps, permettent des usages « irresponsables » :

Le discours architectural est reçu dans l’inattention […] Le message architectural peut se charger de signifiés aberrants sans que le destinataire ait pour autant la sensation de commettre une trahison. […] En ce sens le message architectural évolue entre un maximum de coercition (tu devras habiter comme cela) et un maximum d’irresponsabilité (tu pourras te servir de cette forme comme tu le voudras) 33.

Avec les monuments et les mémoriaux, l’interprétation des monuments par les usagers peut être délibérément différente ou contraire par rapport aux attentes des concepteurs. De plus, les usagers peuvent transformer les monuments en espaces de résistance politique. En tant que manifestations concrètes du pouvoir politique34, les monuments ont souvent été détournés par des performances de résistance : par exemple, en avril 2016 à Skopje, des manifestants ont maculé de peinture colorée plusieurs statues et monuments en signe de protestation au gouvernement macédonien.

Le modèle décrivant les relations complexes entre auteurs/lecteurs/textes et entre concepteurs/usagers/environnements bâtis peut être appliqué aux monuments. La signification des monuments n’est pas fixée une fois pour toute, car elle dépend d’une relation complexe entre les concepteurs, les usagers et les monuments eux-mêmes. Les élites politiques emploient des stratégies de conception afin de générer des interprétations conformes à leurs intérêts politiques. Néanmoins, les usagers peuvent interpréter les monuments selon leurs propres opinions, croyances, sentiments et émotions. Par conséquent, des interprétations différentes et même opposées défient souvent la signification officiellement sanctionnée des monuments (cf. section 5.2). Henri Lefebvre décrit cette capacité des monuments à générer de multiples interprétations au moyen de la métaphore de « l’horizon de sens » :

Comme une œuvre musicale, une œuvre monumentale n’a pas de signifié (ou des signifiés) mais un horizon de sens : une multiplicité définie et indéfinie, une hiérarchie changeante, tel ou tel sens passant au premier plan pendant un moment, par et pour une action35.

L’approche sémiotique des monuments considère que la signification des monuments résulte toujours de l’interaction entre les interprétations des concepteurs et celles des usagers. De plus, elle vise à explorer la signification des monuments au-delà des interprétations individuelles – pour paraphraser Eco, elle s’intéresse aux « intentions » des monuments eux-mêmes.

 

4. Les fonctions signifiantes des monuments

Cette partie explore la signification des monuments selon quatre fonctions interreliées : (1) la fonction cognitive réfère au type de savoir qu’incorporent les monuments aussi bien qu’aux connaissances des usagers à propos de ce que les monuments représentent ; (2) la fonction axiologique considère la valeur (positive ou négative) que les usagers accordent à ces connaissances ; (3) la fonction affective examine quels sentiments et émotions un monument provoque ; et (4) la fonction pragmatique concerne les pratiques des usagers dans l’espace environnant les monuments. Toutes ces fonctions sont de nature analytique : en pratique, elles sont interdépendantes et agissent simultanément dans la définition du sens des monuments.

 

4.1 Fonction cognitive

À partir du milieu des années 1980, la géographie culturelle a commencé à s’intéresser au paysage36 en tant que « dispositifs de communication qui encodent et transmettent de l’information37 ». De la même façon, les monuments ont été considérés comme des « signifiants hautement symboliques » qui confèrent du sens à l’espace38.

La fonction cognitive des monuments s’intéresse au type de savoir que les monuments incorporent aussi bien qu’au savoir des usagers quant à la représentation des monuments. Le savoir incorporé dans les monuments est inévitablement biaisé ; comme tout récit sélectionne certains événements tout en en omettant d’autres39, les monuments mettent nécessairement l’accent sur certaines histoires et en oblitèrent d’autres. Puisque toute « remémoration, cependant, implique un oubli40 », il est naturel que les monuments ne représentent que certains événements et individus.

Néanmoins, les élites politiques peuvent délibérément planifier d’oblitérer certaines histoires41. Elles peuvent mettre en place des politiques de mémoire nationales en vue d’inculquer aux citoyens ce dont il faut se souvenir et ce qu’il faut oublier du passé42. Ce faisant, les élites politiques cherchent à promouvoir des récits historiques dominants qui servent leurs intérêts politiques et favorisent certaines possibilités pour l’avenir43.

Cependant, les usagers peuvent interpréter le savoir qu’incorporent les monuments en fonction de leurs opinions et de leurs besoins. Chaque communauté interprétative reconnaît à sa manière ce que le monument représente et l’interprète en conséquence44. La fonction cognitive renvoie également à ce savoir local45 des usagers sur les événements et les individus représentés par les monuments.

 

4.2 Fonctions axiologique et affective

Les connaissances des usagers sur les monuments influencent leur appréciation des événements, des individus et des idéaux que ceux-ci représentent. La fonction axiologique s’intéresse à la valeur (positive ou négative) qu’accordent les usagers aux représentations des monuments et aux modalités de leur mise en scène. Cette appréciation repose sur la structure axiologique euphorie/dysphorie46. En termes moins techniques, l’euphorie renvoie à une attitude positive d’attrait envers des monuments, tandis qu’il y a dysphorie lorsque les monuments suscitent des sentiments négatifs ou de répulsion. De ces appréciations résultent différentes réponses affectives : quels sentiments et émotions les monuments suscitent-ils chez les usagers? Les usagers ont-ils des attitudes positives ou négatives à l’égard de ce que représentent les monuments?

En pratique, chaque usager a une réponse affective différente : un même monument peut engendrer des émotions plaisantes ou des souvenirs désagréables.

Algirdas J. Greimas et Jacques Fontanille proposent un modèle sémiotique pour l’étude des émotions et des sentiments sur le plan narratif et discursif47. Ce modèle peut être employé pour étudier la fluctuation des attitudes affectives à l’égard des monuments et explorer l’influence de ces attitudes sur les pratiques des usagers en relation avec ceux-ci.

En référence aux fonctions axiologique et affective, nous distinguons les monuments « chauds » des monuments « froids » 48. De façon générale, les monuments « chauds » peuvent susciter des émotions inconfortables, voire traumatiques chez les usagers. Ils peuvent stimuler des débats politiques virulents qui peuvent déboucher sur des formes de conflit et de résistance au sein de la société. Cette situation survient lorsqu’il existe un fossé entre le sens promu par les élites politiques et la manière dont les usagers interprètent différemment ce sens, le contestent et y résistent. Le mémorial de l’Armée rouge à Tallinn (fig. 1) est un bon exemple de monument « chaud » : récemment, sa présence au cœur de Tallinn est devenue un sujet délicat pour les Estoniens. C’est pour cette raison qu’en 2007, le gouvernement estonien a décidé de le relocaliser en dehors de la ville. Certains citoyens de Tallinn – en particulier ceux appartenant à l’importante minorité russe vivant en Estonie – ont perçu cet acte comme une provocation : pour eux, le mémorial représentait un important lieu de commémoration. Cette relocalisation a entraîné deux nuits de perturbation dans la ville de Tallinn49.

 

Figure 1. Le soldat de bronze à son emplacement actuel, Cimetière des forces de défense de Tallinn, Estonie. Photo prise par les auteurs, septembre 2015.

 

Inversement, les monuments « froids » véhiculent un sens largement partagé par une majorité des usagers. Pour cette raison, les représentations de ce type de monuments ne suscitent pas de réactions émotionnelles vives. Les monuments froids sont paisiblement intégrés dans les pratiques quotidiennes des usagers, qui les perçoivent comme des constructions ordinaires. C’est le cas des monuments qui sont devenus des points de repère neutres ou de simples points de rencontre.

La catégorie chaud/froid doit être comprise comme les deux extrêmes d’un continuum qui définit les attitudes que l’on peut adopter à l’égard des monuments. Au départ, les monuments ne sont pas érigés en tant que chauds ou froids : ceux ayant fait l’objet d’une acceptation peuvent se transformer en lieux de résistance, tandis que les monuments controversés peuvent être acceptés et fréquentés au quotidien avec une indifférence croissante. L’appréciation des monuments et les réactions affectives des usagers varient selon que les conceptions sociales et politiques se modifient dans le temps50. Par exemple, dans les villes postsoviétiques, les monuments érigés durant l’ère communiste sont devenus des lieux d’opposition et de résistance en raison de changements politiques, sociaux et ethniques survenus depuis l’effondrement du régime communiste.

 

4.3 Fonction pragmatique

La façon dont les usagers agissent autour des monuments dépend de leur connaissance de ce que ceux-ci représentent (fonction cognitive), de la valeur (positive ou négative) qu’ils accordent à cette connaissance (fonction axiologique) et des émotions que les monuments suscitent en eux (fonction affective).

Dans l’espace public, les monuments froids sont abordés comme des constructions ordinaires. Leur poids idéologique s’est estompé et ils sont devenus des points de repère neutres ou des points de rencontre. Par ailleurs, certains lieux ont accueilli des pratiques inédites : par exemple, la Colonne de la victoire de la guerre d’indépendance à Tallinn, mémorial érigé par le gouvernement estonien comme lieu sacré de commémoration des soldats ayant servi dans la lutte contre l’URSS51, est devenue une aire de jeu pour les jeunes qui pratiquent la planche à roulettes et le BMX (fig. 2). Néanmoins, l’endroit est toujours investi par le gouvernement estonien à l’occasion de commémorations formelles et d’autres rituels nationaux. Autour de ce même monument, des groupes d’opposition politique ont parfois organisé des manifestations contre le gouvernement au pouvoir.

 

Figure 2. Colonne de la victoire de la guerre d’indépendance, Place de la Liberté, Tallinn, Estonie. Photo prise par les auteurs, octobre 2015.

 

L’approche sémiotique prend en compte toutes les pratiques liées aux monuments : les pratiques attendues, celles qui n’étaient pas prévues, de même que les pratiques de résistance ; toutes contribuent à la production de sens des monuments.

 

5. Dimension visuelle et dimension politique des monuments

Cette section explore la dimension visuelle et la dimension politique des monuments. Les recherches antérieures sur les monuments ont proposé d’excellentes approches méthodologiques pour explorer à tour de rôle chacune de ces dimensions. Celles-ci fonctionnent toujours ensemble et s’influencent mutuellement par le biais de médiations continues.

 

5.1 Dimension visuelle

La dimension visuelle renvoie à la forme matérielle des monuments au-delà de leur signification politique. Elle examine aussi bien les caractéristiques matérielles des monuments que leurs représentations. Partant des propositions de la sémiotique visuelle, nous divisons la dimension visuelle en deux plans autonomes mais reliés : le plan plastique (matériel) et le plan figuratif (symbolique) 52.

Le plan matériel s’intéresse aux formes, aux couleurs et à la répartition topologique des monuments indépendamment de leurs représentations visuelles. Gill Abousnnouga et David Machin ont proposé une liste de catégories pour décrire la dimension matérielle des monuments53. Ils expliquent qu’il existe plusieurs « choix matériels sémiotiques » dont les concepteurs disposent en vue d’établir des relations particulières entre les monuments et les usagers54. La liste qui suit présente les catégories que nous considérons pertinentes pour l’analyse du plan matériel des monuments. Elle inclut certains choix sémiotiques d’Abousnnouga et de Machin et certaines catégories topologiques, éidétiques et chromatiques de la sémiotique plastique de Greimas55.

1. Dimensions : imposant/modeste, large/étroit, élevé/bas ;
2. Emplacement : degré d’élévation, distance/proximité, angle d’interaction ;
3. Matériaux de construction : solidité/fragilité, texture de la surface ;
4. Organisation topologique56 : forme, silhouette.
5. Organisation éidétique : régularité/irrégularité, courbure ;
6. Organisation chromatique57 : couleurs, brillance/opacité, éclairage.

Le plan symbolique se rapporte à la représentation visuelle des monuments. L’analyse symbolique des monuments et de leurs mises en scène se concentre sur les objets, les actions et les personnages représentés. Elle examine les iconographies et les symboles qu’incorporent les monuments.

Traditionnellement, la recherche en sémiotique visuelle58 a associé les plans matériel et symbolique à la distinction entre expression et contenu59. Suivant cette approche, les expressions sont à comprendre en tant qu’entités ontologiques se rapportant aux aspects physiquement et visuellement perceptibles des textes. C’est pourquoi les analyses sémiotiques traditionnelles ont présumé que la signification pouvait être « extraite » directement de la matérialité des textes visuels sans qu’un processus d’interprétation actif ne soit requis60.

Le même présupposé a caractérisé la recherche sémiotique plus récente sur la signification des monuments. Par exemple, Abousnnouga and Machin ont analysé les mémoriaux de guerre au Royaume-Uni en partant du principe que les choix de design matériel sont capables de communiquer directement un sens précis61. Les auteurs expliquent que les concepteurs disposent d’« un répertoire de ressources sémiotiques » qu’ils peuvent combiner pour « communiquer des significations précises dans un contexte particulier ». De plus, d’après eux, les choix matériels et symboliques « ont un potentiel de signification très différent62 » : par exemple, en tant que matériau de construction, les pierres véhiculent l’idée de « longévité et d’ancienneté », mais aussi de « naturalité » et de « douceur » lorsqu’elles sont taillées dans des formes lisses et arrondies63.

Selon nous, une telle pierre taillée ne peut pas communiquer directement de sens spécifique. Les pierres ont une signification dans la mesure où des modèles d’interprétation sont systématisés, c’est-à-dire quand les ressources sémiotiques ont été employées de façon répétitive pour véhiculer certaines significations64. Par exemple, un mémorial élevé ne peut imposer seul l’idée de puissance, simplement par sa stature ; de même, une sculpture de verre n’impose pas l’idée de transparence du seul fait de son matériau. L’analyse sémiotique des monuments explore les stratégies employées par les concepteurs pour créer et contrôler l’interprétation des monuments : comment un monument élevé en vient-il à transmettre un sens de puissance dans un certain contexte? Comment le verre en vient-il à véhiculer des idéaux de transparence?

La recherche sémiotique contemporaine a démontré que les plans matériel et symbolique ne pouvaient être automatiquement associés respectivement aux plans de l’expression et du contenu65. Cette approche a défini une relation plus complexe entre les plans de l’expression et du contenu et, conséquemment, entre les plans matériel et symbolique : les couples expression/contenu et matériel/symbolique sont tous deux caractérisés par une relation mutuelle qui définit, selon le contexte, des éléments se rapportant à l’expression/matérialité et d’autres se rapportant au contenu/symbolique66. Suivant ces propositions, l’approche sémiotique accorde autant de potentiel de signification au plan matériel qu’au plan symbolique des monuments.

 

5.2 La dimension politique

Les monuments et les mémoriaux sont des constructions délibérément érigées dans le but de promouvoir des récits historiques sélectifs et dominants.

Les mémoriaux et les monuments sont des constructions politiques, qui rappellent et représentent des histoires de façon sélective en attirant l’attention populaire sur des événements et des personnalités en particulier, tout en en oblitérant ou en en obscurcissant d’autres67.

Les monuments contribuent à fixer dans l’espace des « discours sur le passé » dominants68. Ces derniers sont « idéologiques » c’est-à-dire qu’ils promeuvent une « vision partiale du monde », qui sélectionne certaines interprétations de la « réalité » au détriment d’autres69. Les monuments donnent corps à des discours exprimant inévitablement des points de vue sélectifs sur le passé. Ces discours se focalisent sur des événements qui accommodent les élites politiques, cependant qu’ils marginalisent ceux qui lui sont inconfortables.

Pour ces raisons, les monuments sont essentiels dans l’articulation des politiques mémorielles et identitaires70. Avec d’autres moyens légaux, institutionnels et commémoratifs, les élites politiques utilisent les monuments pour éduquer les citoyens sur « ce qui, du passé, doit être retenu et ce qui ne doit pas l’être71 ». Puisque la mémoire est à la base de toute construction identitaire, les monuments jouent un rôle fondamental dans « la formation des valeurs de base et des principes d’appartenance d’une communauté donnée72 ». Ainsi l’instauration de paysages monumentaux sélectifs peut-elle aider la classe politique à promouvoir une seule identité nationale et à renforcer des sentiments de spécificité nationale.

Cependant qu’elles articulent des récits historiques sélectifs, les élites érigent des monuments afin d’inculquer des conceptions particulières du présent et de favoriser certaines possibilités pour l’avenir73. Ce faisant, elles utilisent les monuments pour asseoir leur programme politique et légitimer ou renforcer la primauté de leur pouvoir politique. Les monuments peuvent donc constituer des outils servant l’établissement de dynamiques sociales d’inclusion et d’exclusion74.

Les monuments sont les manifestations matérielles les plus flagrantes du pouvoir politique et du contrôle des ressources et du peuple par les élites politiques et sociales. En ce sens, ils possèdent un puissant vocabulaire, ou iconographie ; ce langage, normalement réflexif, est compris par ceux qui partagent une culture et une histoire commune75.

Alors que les élites politiques érigent des monuments dans le but de véhiculer une vision du monde dominante, le sens des monuments est toujours « variable et fluide76 ». Une fois érigés, les monuments deviennent une « propriété sociale77 » et « peuvent être utilisés différemment, leur sens reformulé et réinterprété, parfois de façon opposée ou contraire aux intentions de ceux qui les ont mis en place78 ». L’interprétation que l’on fait des monuments peut également changer radicalement dans le temps, eu égard à la transformation des rapports sociaux, du concept de nation et des opinions sur les événements du passé.

[…] le sens originel n’est pas vraiment inscrit dans la pierre. Le souvenir engendré par le monument peut devenir complètement différent avec le temps, et ce dernier peut devenir le lieu d’une controverse inattendue. Le mémorial peut même devenir invisible et passer inaperçu79.

Dans les sociétés en transition, le sens dominant se rapportant aux monuments peut soudainement devenir périphérique et faire l’objet d’une résistance sociale variable80. La démolition des monuments soviétiques a été le signe d’un changement de régime partout dans l’espace postsoviétique. De manière moins spectaculaire, les monuments d’une ère révolue peuvent devenir des points de repère plus neutres. Par exemple, après la chute du régime communiste, le monument à l’Armée rouge à Sofia, en Bulgarie, est passé d’un mémorial sacré à un espace de divertissement et de loisir. De nos jours, la zone du monument constitue un lieu de rencontre populaire pour les jeunes et attire les skaters et les bikers qui l’utilisent pour réaliser leurs figures (fig. 3).

 

    

Figure 3. Skating et biking près du monument de l’Armée rouge à Sofia, Bulgarie. Photo prise par les auteurs, juin 2015.

 

Dans certains cas, les monuments qui légitiment l’autorité des élites politiques peuvent devenir des lieux d’opposition politique et de pratiques résistantes. Linda Hershkovitz montre comment la place Tian’anmen à Beijing, le centre du pouvoir politique en Chine, a incorporé des traditions de protestation et de dissidence81 ; Yvonne Whelan a quant à elle décrit comment les monuments dédiés à la monarchie britannique à Dublin sont devenus des sites de contestation envers le régime politique82. En examinant les controverses entourant le mémorial de la Seconde Guerre mondiale à Washington, Lisa Benton-Short a montré que les mémoriaux génèrent, de façon plus ou moins sciemment, des débats sur l’identité et la mémoire :

Les mémoriaux et les autres formes patrimoniales sont créés dans un contexte sociopolitique où la culture, le lieu, la classe, le pouvoir, la religion, le genre et éventuellement l’orientation sexuelle influenceront ce qui est considéré comme valant la peine d’être préservé en héritage […] Parce que le patrimoine, l’identité nationale et la mémoire sont socialement construits, ils sont aussi naturellement contestés83 […]

Dans d’autres cas, des monuments considérés comme sacrés par leurs propriétaires peuvent faire l’objet de mépris et de railleries. David Atkinson et Denis Cosgrove montrent comment le monument à Victor-Emmanuel II à Rome, un monument colossal commémorant le premier roi de l’Unité italienne, a été tourné en ridicule tout au long de son histoire84.

Ces exemples indiquent que le sens des monuments n’est jamais fixé une fois pour toutes et que les concepteurs ne peuvent pleinement contrôler l’interprétation qui en sera faite. Ils montrent de plus que des usages inattendus et alternatifs réinterprètent sans cesse le sens originel des monuments, parfois de façons telles que les concepteurs n’auraient jamais pu imaginer.

Par conséquent, les monuments et les mémoriaux sont des « lieux dynamiques de sens85 » disposés à susciter de multiples interprétations et des réponses émotionnelles variées. L’approche sémiotique peut être utile pour analyser les multiples interprétations des monuments en attirant l’attention à la fois sur le sens officiellement sanctionné et sur les diverses interprétations et résistances que ceux-ci engendrent dans l’espace social.

 

6. Les relations contextuelles et intertextuelles des monuments

Les monuments ne peuvent être analysés sans que leur contexte culturel ne soit pris en compte, car celui-ci influence largement l’interprétation que l’on fait d’eux. La culture est un système signifiant socialement construit qu’un groupe produit et maintient activement86. Elle renvoie aux significations fondamentales partagées qui guident les comportements et canalisent les interprétations des individus et des communautés. En raison de sa complexité, la culture inclut différentes communautés interprétatives87. Chacune d’entre elles articule à sa façon la réalité sociale sur la base de traits culturels particuliers, notamment la langue, les catégories raciales, ethniques, de classe et de religion, les opinions politiques, les intérêts et les besoins socio-économiques88.

Eco parle de « compétences encyclopédiques » pour qualifier ces façons d’interpréter la réalité sociale89. L’« encyclopédie », au sens d’Eco, est un réservoir de signes partagés auxquels les interprètes peuvent recourir durant les processus interprétatifs. L’encyclopédie est sous-divisée en deux niveaux pour inclure à la fois le savoir culturel dans son ensemble et les usages usités de ce savoir : au niveau global, l’encyclopédie contient toutes les interprétations potentielles qui circulent dans le monde socioculturel ; aux niveaux localisés, elle contient des ensembles d’instructions routinières pour interpréter des portions particulières de l’espace socioculturel90. En pratique, chaque culture sélectionne des portions locales de savoir pertinentes à la délimitation d’une aire consensuelle qui lui est propre et qui la différencie des autres cultures91. Ainsi, chaque communauté interprétative interprète les monuments différemment en fonction de leur réservoir partagé de connaissances : un même monument peut être un lieu sacré de commémoration pour une communauté et une source de souvenirs traumatiques pour une autre.

Étant intégrée à des contextes culturels élargis, la configuration des lieux où les monuments sont situés influence l’interprétation que l’on fait de ces derniers. Souvent, l’emplacement des monuments a « un lien direct avec les événements et les individus qui [y] sont commémorés92 ».

Dans certains cas, l’installation d’un monument en un lieu donné contribue à elle seule à charger symboliquement et idéologiquement ce lieu. Des lieux sont souvent reconfigurés ou rénovés pour fournir un emplacement propice à l’installation de futurs monuments. Dans d’autres cas, la manipulation de l’environnement spatial peut modifier le sens accordé jusque-là à des monuments existants. Des manipulations de ce genre ont été faites dans plusieurs villes postsoviétiques afin de diminuer la visibilité et le « poids idéologiques » de monuments érigés à l’époque soviétique93. Après la transition, les monuments représentant des leaders soviétiques ont été marginalisés ou même retirés de l’espace public, tandis que de nouvelles élites politiques installaient des monuments en phase avec le système social et politique contemporain. À Odessa en Ukraine, par exemple, une statue de Lénine a été transformée en Dark Vador, le méchant de la série filmique Star Wars. Ce remplacement a eu lieu après que le gouvernement ukrainien eut approuvé des lois bannissant les symboles soviétiques, en avril 2015. Le gouvernement ukrainien a vu dans la suppression de ces vestiges du régime communiste une occasion d’exorciser l’expérience traumatique du joug soviétique et de construire une vision particulière du futur.

On voit dans ce dernier exemple que, de la même façon que les textes réinterprètent toujours d’autres textes94, de nouveaux monuments ont activement influencé le sens qu’ont eu auparavant les monuments issus de l’ère soviétique. Une fois érigés, les monuments créent des relations complexes avec l’environnement bâti existant. En linguistique et en sémiotique, l’« intertextualité » définit le processus par lequel les textes établissent des relations avec d’autres textes circulant dans l’espace sémiotique95. Le courant poststructuraliste en géographie a utilisé l’intertextualité littéraire pour décrire les relations complexes que les constructions établissent avec d’autres constructions et avec les pratiques sociales afférentes96. L’analyse sémiotique prend en compte à la fois le contexte culturel dans lequel les monuments sont érigés et interprétés et les relations assimilables à l’intertextualité que les monuments établissent entre eux.

 

7. Vers une approche sémiotique des monuments

Différentes disciplines ont étudié les monuments et les mémoriaux en exploitant une variété d’approches théoriques et méthodologiques. Les études ainsi produites ne manqueront certainement pas d’inspirer les travaux futurs sur les monuments et les mémoriaux. Toutefois, ces études ont créé, sciemment ou non, un fossé entre les dimensions matérielle, symbolique et politique des monuments. De plus, elles ont surtout attiré l’attention ou bien sur les intentions des concepteurs, ou bien sur les interprétations des usagers. Ces distinctions rigides échouent à décrire les processus interprétatifs complexes relatifs aux monuments et aux mémoriaux.

Nous avons proposé une approche sémiotique pour dépasser ces distinctions rigides qui caractérisent la recherche antérieure sur les monuments et les mémoriaux. Les principaux avantages de l’approche sémiotique sont les suivants :

(i) La sémiotique fournit une approche holistique qui permet de dépasser les distinctions telles que visuel/politique, matériel/symbolique, concepteur/usager, art/pouvoir, pour ne citer que celles-ci. Ces distinctions peuvent s’avérer utiles du point de vue analytique dans certains cas, mais elles ne suffisent pas à rendre compte de la complexité ontologique des monuments97. Ces distinctions devraient être comprises comme « coopératives » plutôt que comme oppositionnelles98, car leurs termes participent d’un processus qui les nourrit mutuellement. Les distinctions coopératives fournissent une base méthodologique pour enquêter sur le sens des monuments en tant qu’il résulte activement de : (1) l’interaction entre les dimensions matérielle, symbolique et politique ; et (2) l’interaction entre les interprétations des concepteurs et celles des usagers.

(ii) La sémiotique analyse le sens des monuments comme résultant d’une « communication multipartite99 » entre différentes communautés interprétatives100. Le sens rattaché à un monument dépend de l’interrelation des fonctions cognitive, axiologique et affective. De plus, les usagers, dans leur expérience quotidienne, peuvent conférer de nouvelles significations aux monuments.

(iii) L’analyse sémiotique prend en compte à la fois le contexte culturel dans lequel les monuments sont érigés et interprétés et les relations intertextuelles que les monuments établissent entre eux. Plus précisément, elle interroge le sens des monuments en tant qu’émergeant du dialogue entre différentes communautés interprétatives dans un contexte culturel donné.

 

  • 1. Voir par exemple l’entrée « Monument » dans le Longman Dictionary of Contemporary English, Harlow, Pearson/Longman, 2009, p. 1130.
  • 2. O. YIFTACHEL, « Planning and social control: exploring the “dark side” », Journal of Planning Literature, vol. 12, no 2, 1998, p. 395-406.
  • 3. O. J. DWYER, « Location, politics, and the production of civil rights memorial landscapes », Ur­ban Geography, vol. 23, no 1, 2002, p. 32 ; K. E. TILL, « Places of Memory », dans J. Agnew, K. Mitchell & G. O. Tuathail (dir.), A Companion for Political Geography, Oxford, Blackwell, 2003, p. 297.
  • 4. M. TAMM, « In search of lost time: Memory politics in Estonia 1991-2011 », Nationalities Pa­pers, The Journal of Nationalism and Ethnicity, vol. 41, no 4, 2013, p. 651-674.
  • 5. S. KATTAGO, (dir.), Ashgate Research Companion to Memory Studies, Farnham, Ashgate Pub­lishing, 2015, p. 180.
  • 6. Par exemple, à Tallinn, capitale de l’Estonie, la relocalisation du mémorial de l’Armée rouge, en 2007, a causé deux nuits de perturbations durant lesquelles une personne a trouvé la mort. Cette relocalisation a eu des conséquences politiques dommageables sur les relations entre l’Estonie et la Fédération de Russie. De plus, cela affecte les relations quotidiennes entre les Estoniens et les communautés russes vivant en Estonie. Pour aller plus loin sur le sujet, voir D. J. SMITH, « “Woe from Stones”: Commemoration, Identity Politics and Estonia’s “War of Monuments” », Journal of Baltic Studies, vol. 39, no 4, 2008, p. 419-430 ; H. PÄÄBO, « War of Memories: Explaining “Memorials War” in Estonia », Baltic Security and Defence Review, vol10, 2008, p. 5-28 ; P. TORSTI, « Why do History Politics Matter? The Case of the Estonian Bronze Soldier », dans J. Aunesluoma & P. Kettunen (dir.), The Cold War and the Politics of History, Helsinki, Edita Publishing, 2008, p. 19-35 ; M. LEHTI et al., « Never-Ending Second World War: Public Per­formances of National Dignity and the Drama of the Bronze Soldier », Journal of Baltic Studies, vol. 39, no 4, 2008, p. 393-418 ; J. V. WERTSCH, « Collective Memory and Narrative Templates », Social Research: An International Quarterly of the Social Sciences, vol. 75, no 1, 2008, p. 133-156 ; M. EHALA, « The Bronze Soldier: Identity threat and maintenance in Estonia », Journal of Baltic Studies, vol. 40, no 1, 2009, p. 139-158 ; M. MÄLKSOO, « Liminality and Contested Europeanness: Conflicting Memory Politics in the Baltic Space », dans B. Eiki & E. Piret (dir.), Identity and Foreign Policy: Baltic-Russian Relations and European Integration, Farnham, Ashgate, 2009, p. 65-83 ; T. VIHALEMM & V. KALMUS, « Cultural Differentiation of the Russian Minority », Journal of Baltic Studies, vol. 40, no 1, 2009, p. 95-119 ; T. U. RAUN, « Estonia after 1991: Identity and integration », East European Politics and Societies, vol. 23, no 4, 2009, p. 526-534 ; S. KATTAGO, Memory and Representation in Contemporary Europe. The Persistence of the Past, Farnham, Ashgate Publishing, 2012 ; M. TAMM, « In search of lost time: Memory politics in Estonia 1991-2011 », loc. cit.
  • 7. I. HAY et al., « Monuments, Memory and Marginalisation in Ade­laide’s Prince Henry Gardens », Geografiska Annaler, vol. 86, no 3, 2004, p. 204.
  • 8. K. LINDSTRÖM, K. KULL & H. PALANG, « Landscape semiotics: Contribution to culture theory », dans V. Lang & K. Kull (dir.), Estonian Approaches to Culture Theory, Tartu, Univer­sity of Tartu Press, 2014, p. 126.
  • 9. E. PANOFSKY, Essais d’iconologie, trad. de l’anglais par C. Herbette et B. Teyssèdre, Paris, Gallimard, 1967, p. 20.
  • 10. A. RIEGL, Le culte moderne des monuments. Son essence et sa genèse, trad. de l’allemand par D. Wieczorek, Paris, Seuil, 1984, p. 35.
  • 11. R. W. CAVES, Encyclopedia of the city, Oxon, Routledge, 2005, p. 318.
  • 12. D. HARVEY, « Monument and myth », Annals of the Association of American Geographers, vol. 69, no 3, 1979, p. 362-381.
  • 13. L. HERSHKOVITZ, « Tiananmen Square and the Politics of Place », Political Geography, vol. 12, no 5, 1993, p. 395-420 ; N. JOHNSON, « Cast in stone: monuments, geography and nationalism », Environment and Plan­ning D: Society and Space, vol. 13, no 1, 1995, p. 51-65 ; B. S. OSBORNE, « Constructing landscapes of power: the George Etienne Cartier monument, Montreal », Journal of Historical Geography, vol. 24, no 4, 1998, p. 431-458 ; D. ATKINSON & D. COSGROVE, « Urban rhetoric and embodied identities: city, nation and empire at the Vittorio Emanuele II monument in Rome 1870-1945 », Annals of the Association of American Geographers, vol. 88, no 1, 1998, p. 28-49 ; Y. WHELAN, « The construction and destruction of a colonial landscape: monuments to Brit­ish monarchs in Dublin before and after independence », Journal of Historical Geography, vol. 28, no 4, 2002, p. 508-533 ; I. HAY et al., « Monuments, Memory and Marginalisation in Ade­laide’s Prince Henry Gardens », loc. cit. ; L. BENTON-SHORT, « Politics, public space and memorials: the brawl on the Mall », Urban Geogra­phy, vol. 27, no 4, 2006, p. 297-329.
  • 14. P. NORA, Realms of Memory: Rethinking the French Past, New York, Columbia University Press, 1996, p. XVII. Version originale française : P. NORA, Les lieux de mémoire, 3 vols, Paris, Gallimard, 1997.
  • 15. S. KATTAGO, (dir.), Ashgate Research Companion to Memory Studies, op. cit., p. 7.
  • 16. E. HOBSBAWM & T. RANGER (dir.), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983 ; B. ANDERSON, Imagined Communities. Reflections on the Origins of Nationalism, Londres, Verso, 1983. Versions françaises : E. HOBSBAWM & T. RANGER (dir.), L’invention de la tradition, trad. de l’anglais par C. Vivier, Paris, Amsterdam, 2012 ; B. ANDERSON, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, trad. de l’anglais par P.-E. Dauzat, Paris, La Découverte, 1996.
  • 17. N. JOHNSON, « Cast in stone: monuments, geography and nationalism », loc. cit., p. 56.
  • 18. D. COSGROVE, « Geography is everywhere: culture and symbolism in human landscapes », dans D. Gregory & R. Walford (dir.), Horizons in Human Geography, Totowa, Barnes and Noble Books, 1989, p. 127.
  • 19. Ibid., p. 131.
  • 20. L. HERSHKOVITZ, « Tiananmen Square and the Politics of Place », loc. cit., p. 397.
  • 21. D. COSGROVE & P. JACKSON, « New directions in cultural geography », Area, vol. 19, no 2, 1987, p. 98-99.
  • 22. U. ECO, Semiotics and the Philosophy of Language, Bloomington, Indiana University Press, 1986. Version française : U. ECO, Sémiotique et philosophie du langage, trad. de l’italien par M. Bouzaher, Paris, Presses universitaires de France, 2013.
  • 23. Umberto Eco a qualifié ce mode intermédiaire d’« intention du texte » ou « intentio operis, comme opposée à – ou interagissant avec – l’intentio auctoris et l’intentio lectoris ». U. ECO, « Interpretation and Overinterpretation: World, History, Texts », The Tanner Lectures on Human Values, Cambridge University, 1990, p. 145. En ligne <http://tannerlectures.utah.edu/_documents/a-to-z/e/Eco_91.pdf>. Voir U. ECO, The limits of interpretation, Bloomington, Indiana University Press, 1990 et Interpretation and Overinterpretation, Cambridge, Cambridge University Press, 1992. Versions françaises : U. ECO, Les limites de l’interprétation, trad. de l’italien par M. Bouzaher, Paris, Grasset, 1992 ; U. ECO, Interprétation et surinterprétationtrad. de l’anglais par J. G. López Guix, Paris, Presses universitaires de France, 2002.
  • 24. U. ECO, The Role of the Reader, Bloomington, Indiana University Press, 1979, p. 7-11. Version française : U. ECO, Lector in fabula : le rôle du lecteur dans la coopération textuelle, trad. de l’italien par M. Bouzaher, Paris, Grasset, 1985.
  • 25. Idem ; J. M. LOTMAN, Universe of the Mind: A Semiotic Theory of Culture, Londres/New York, I.B. Tauris, 1990, p. 63.
  • 26. U. ECO, Semiotics and the Philosophy of Language, op. cit., p. 25.
  • 27. U. ECO, Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs, Paris, Grasset, 1996, p. 9.
  • 28. U. ECO, Interprétation et surinterprétation, op. cit., p. 21-22.
  • 29. D. YANOW, Conducting interpretative policy analysis, Thousand Oaks, Sage Pub­lications, 2000, p. 17.
  • 30. G. MARRONE, « Dieci tesi per uno studio semiotico della città. Appunti, osservazioni, proposte », Versus, nos 109-111, 2009, p. 11-46 ; L’invenzione del testo, Bari, Laterza, 2010 ; Figure di città. Spazi urbani e discorsi sociali, Milan, Mimesis, 2013.
  • 31. U. ECO, « La fonction et le signe. Sémiotique de l’architecture », dans La structure absente, trad. de l’italien par U. Esposito-Torrigiani, Paris, Mercure de France, 1972, p. 295-296.
  • 32. U. ECO, « Towards a semiotic inquiry into the television message », trad. par P. Splendore, Working Papers in Cultural Studies, 1972, p. 103-121. Voir aussi U. ECO & P. FABBRI, « Environmental information: a methodological proposal », Human Settlements and Socio-cultural Environment, vol. 23, 1981, p. 7-12).
  • 33. U. ECO, « La fonction et le signe. Sémiotique de l’architecture », loc. cit., p. 296.
  • 34. L. HERSHKOVITZ, « Tiananmen Square and the Politics of Place », loc. cit., p. 397.
  • 35. H. LEFEBVRE, La production de l’espace, Paris, Anthropos, 2000, p. 255.
  • 36. Depuis la moitié des années 1980, le paradigme textuel a suscité une approche représentationnelle du paysage en géographie humaine. Dans ce cadre, les géographes ont largement employé la métaphore du paysage comme texte. En ce domaine, Alexandros Lagopoulos et Karin Boklund-Lagopoulou ont identifié deux approches principales. La première approche s’intéresse au paysage-dans-les-textes et suppose que les chercheurs peuvent parvenir à une compréhension pertinente du paysage par le biais de ses représentations textuelles. La seconde approche, le paysage-comme-texte, analyse des paysages existants en s’intéressant aux processus de production des paysages et à leur interprétation. A. LAGOPOULOS & K. BOKLUND-LAGOPOULOU, « Semiotics, culture and space », Sign System Studies, vol. 42, no 4, 2014, p. 456-457.
  • 37. J. S. DUNCAN, The City as Text: The Politics of Landscape Interpretation in the Kandyan King­dom, Cambridge, Cambridge University Press, 1990, p. 4.
  • 38. Y. WHELAN, « The construction and destruction of a colonial landscape: monuments to Brit­ish monarchs in Dublin before and after independence », loc. cit., p. 508 ; L. BENTON-SHORT, « Politics, public space and memorials: the brawl on the Mall », loc. cit., p. 299.
  • 39. P. COBLEY, Narrative, Londres/New York, Routledge, 2001, p. 7.
  • 40. K. DOVEY, Framing Places: Mediating Power in Built Form, Londres, Routledge, 1999, p. 73.
  • 41. J. M. LOTMAN & B. A. USPENSKIJ, Tipologia della Cultura, Milan, Bompiani, 1973, p. 46 ; A. M. LORUSSO, Semiotica della cultura, Bari, Laterza, 2010, p. 92.
  • 42. M. TAMM, « In search of lost time: Memory politics in Estonia 1991-2011 », loc. cit., p. 651.
  • 43. D. MASSEY, « Places and their pasts », Historical Workshop Journal, vol. 39, no 1, 1995, p. 185 ; K. DOVEY, Framing Places: Mediating Power in Built Form, op. cit., p. 12.
  • 44. D. YANOW, Conducting interpretative policy analysis, op. cit.
  • 45. Par « savoir local » nous entendons le « réseau de croyances » qui caractérise le processus interprétatif des individus et des communautés. Le savoir local est particulier, concret, pratique et situé contextuellement. Cf. M. BEVIR & R. A. W. RHODES, The State as Cultural Practice, Oxford, Oxford University Press, 2010, p. 75.
  • 46. A. J. GREIMAS & J. COURTÉS, Semiotics and Language: An Analytical Dictionary, Bloomington, Indiana University Press, 1982, p. 21. Version française : A. J. GREIMAS & J. COURTÉS, Sémiotique : dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1979.
  • 47. A. J. GREIMAS & J. FONTANILLE, The Semiotics of Passions. From States of Af­fairs to States of Feelings, trad. de P. Perron & F. Collins, Londres/Mineapolis, Minnesota University Press, 1993 [1991]. Version française : A. J. GREIMAS & J. FONTANILLE, Sémiotique des passions : des états de choses aux états d’âme, Paris, Seuil, 1991. Greimas et Fontanille ont fourni un modèle sémiotique pour explorer les dimensions émotionnelles aux niveaux narratif et discursif. Ils appellent « passions » les états émotionnels des sujets durant des programmes narratifs particuliers. Ces états émotionnels dépendent de la relation jonctive entre le sujet et l’objet, c’est-à-dire, si les sujets sont joints ou séparé des objets qu’ils apprécient. Chacune des passions affecte différemment le faire du sujet durant le programme narratif.
  • 48. Cette catégorie dérive de la distinction qu’opère Claude Lévi-Strauss entre sociétés chaudes et sociétés froides (La Pensée Sauvage, Paris, Plon, 1962) : les sociétés chaudes sont disposées au changement social et à la différenciation sociale, elles se focalisent sur l’histoire ; les sociétés froides se focalisent sur les mythes, elles sont plus statiques et moins différenciées.
  • 49. Cf. note 6.
  • 50. R. KOSELLECK, « War memorials as identity formation of survivors », dans R. Koselleck & T. S. Presner (dir.), The practice of conceptual history: timing history, spacing concepts, Stanford, Stanford University Press, 2002, p. 187 ; S. KATTAGO (dir.), Ashgate Research Companion to Memory Studies, op. cit., p. 185.
  • 51. Officiellement appelée la « Colonne de la victoire de la guerre d’indépendance », le gouvernement estonien a érigé ce mémorial en 2009 pour commémorer les soldats ayant combattu durant la guerre d’indépendance de l’Estonie (1918-1920). Suivant le récit historique estonien, cette guerre est reliée à des idéaux de liberté et de souveraineté, en ce qu’elle a abouti à l’indépendance de la République d’Estonie pour la première fois dans l’histoire.
  • 52. A. J. GREIMAS, « Sémiotique figurative et sémiotique plastique », Actes sémiotiques, vol. 60, 1984, p. 1-24.
  • 53. G. ABOUSNNOUGA & D. MACHIN, The Language of War Monuments, Londres, Bloomsbury Academic, 2013, p. 41-57.
  • 54. Ibid., p. 16.
  • 55. Ibid., p. 41-57 ; A. J. GREIMAS, « Sémiotique figurative et sémiotique plastique », loc. cit.
  • 56. N.d.T. : L’organisation topologique renvoie à ce qui délimite ou clôture l’objet : « Le cadre apparaît comme le seul point de départ sûr, permettant de concevoir une grille topologique virtuellement sous-tendue à la surface offerte à la lecture : les catégories topologiques, les unes “rectilignes” – telles que haut/bas ou droite/gauche – les autres “curvilignes” – périphérique/central ou cernant/cerné –, ainsi que leurs dérivés et composés, grillagent, à partir de ce qu’elle n’est pas, toute la surface cadrée en y traçant les axes et/ou en y délimitant les plages, en accomplissant ainsi une double fonction, celle de segmentation de l’ensemble en parties discrètes, celle aussi de l’orientation d’éventuels parcours sur lesquels les différents éléments de lecture se trouvent étalés. » A. J. GREIMAS, « Sémiotique figurative et sémiotique plastique », loc. cit., p. 15.
  • 57. N.d.T. : Greimas conçoit les catégories éidétiques et chromatiques comme des catégories plastiques. « Si l’application du dispositif topologique permet d’entreprendre l’analyse de la surface cadrée et rend possible une première segmentation de l’objet en sous-ensembles discrets, il est évident que sa description en tant que signifiant visuel ne sera jugée satisfaisante que quand son articulation pourra être formulée en termes de catégories plastiques, dégageant ainsi les unités “minimales” du signifiant […] En partant de la constatation conventionnelle que, sur une surface peinte, on peut trouver des “couleurs” et des “formes”, la distinction des catégories chromatiques et des catégories éidétiques peut apparaître comme un simple travestissement terminologique. Une interrogation qui chercherait à reconnaître un niveau suffisamment profond et abstrait où se situerait une telle distinction devrait prendre son point de départ dans la surface manifestée à l’état brut, recouverte de “plages” indifférenciées, pour postuler ensuite que seul le regard du lecteur (ou, ce qui revient au même, l’intention implicite du producteur) est capable de saisir certaines plages dans leur fonction isolante et discriminatoire (en tant que “lignes” et “contours”) , et d’autres plages, dans leur fonction individuante et intégrante (en tant que “surfaces pleines”). » (Ibid., p. 15-16.) Les catégories éidétiques ont une fonction discriminante (par exemple des formes, des lignes, des contours, pointus ou arrondis). Les catégories chromatiques ont une fonction individuante (surfaces pleines, par ex. saturées ou non saturées).
  • 58. Voir par exemple F. THÜRLEMANN, Paul Klee : analyse sémiotique de trois peintures, Lausanne, L’Âge de l'homme, 1982, p. 108.
  • 59. Élaborant sur la notion de signe saussurien comme entité à deux faces, Hjelmslev définit l’expression et le contenu comme ce qui désigne « […] les fonctifs qui contractent la fonction sémiotique. » Il considère le signe comme « le tout formé par une expression et un contenu » L. HJELMSLEV, Prolégomènes à une théorie du langage, trad. revue par A.-M. Léonard, Paris, Minuit, 1968, p. 72 et 71.
  • 60. D. CHANDLER, The Act of Writing: A Media Theory Approach, Aberystwyth, University of Wales, 1995.
  • 61. G. ABOUSNNOUGA & D. MACHIN, The Language of War Monuments, op. cit., p. 57.
  • 62. Ibid., p. 131.
  • 63. Ibid., p. 134.
  • 64. A. NANNI & F. BELLENTANI, « The Meaning Making of the Built Environment in the Fascist City: A Semiotic Approach », Signs and Society, vol. 6, no 2, 2018, p. 379-411.
  • 65. C. PAOLUCCI, Strutturalismo e Interpretazione. Ambizioni per una Semiotica « Minore », Mi­lan, Bompiani, 2010.
  • 66. Comme Paolucci l’a expliqué, Hjelmslev avait déjà conceptualisé la relation mutuelle entre le plan de l’expression et le plan du contenu dans ses Prolégomènes à une théorie du langage : « Les termes mêmes de plan de l’expression et plan du contenu […] ont été choisis d’après l’usage courant et sont tout à fait arbitraires. De par leur définition fonctionnelle il est impossible de soutenir qu’il soit légitime d’appeler l’une de ces grandeurs expression et l’autre contenu et non l’inverse. Elles ne sont définies que comme solidaires l’une de l’autre et ni l’une ni l’autre ne peuvent l’être plus précisément. Prises séparément, on ne peut les définir que par opposition et de façon relative, comme fonctifs d’une même fonction qui s’opposent l’un à l’autre » L. HJELMSLEV, Prolégomènes à une théorie du langage, op. cit., p. 85.
  • 67. I. HAY et al., « Monuments, Memory and Marginalisation in Ade­laide’s Prince Henry Gardens », loc. cit., p. 204.
  • 68. P. VIOLI, Paesaggi della Memoria. Il trauma, lo spazio, la storia, Milan, Bompiani, 2014, p. 11.
  • 69. U. ECO, A theory of semiotics, Bloomington, Indiana University Press, 1976, p. 289-290. Version française : U. ECO, La production des signes, trad. de l’italien par M. Bouzaher, Paris, LGF, 1992.
  • 70. Suivant Marek Tamm, nous employons l’expression « politiques nationales d’identité et de mémoire » afin de faire la distinction entre les tentatives des élites politiques de créer une mémoire collective unique et celles des différentes communautés qui appellent à ce que leurs mémoires et leurs identités soient reconnues. M. TAMM, « In search of lost time: Memory politics in Estonia 1991-2011 », loc. cit., p. 652.
  • 71. Ibid., p. 651.
  • 72. Ibid., p. 652.
  • 73. D. MASSEY, « Places and their pasts », loc. cit., p. 185 ; K. DOVEY, Framing Places: Mediating Power in Built Form, op. cit., p. 12.
  • 74. L. HERSHKOVITZ, « Tiananmen Square and the Politics of Place », loc. cit. ; I. HAY et al., « Monuments, Memory and Marginalisation in Ade­laide’s Prince Henry Gardens », loc. cit.
  • 75. L. HERSHKOVITZ, « Tiananmen Square and the Politics of Place », loc. cit., p. 397.
  • 76. I. HAY et al., « Monuments, Memory and Marginalisation in Ade­laide’s Prince Henry Gardens », loc. cit., p. 204.
  • 77. L. HERSHKOVITZ, « Tiananmen Square and the Politics of Place », loc. cit., p. 397.
  • 78. I. HAY et al., « Monuments, Memory and Marginalisation in Ade­laide’s Prince Henry Gardens », loc. cit., p. 204.
  • 79. S. KATTAGO (dir.), Ashgate Research Companion to Memory Studies, op. cit., p. 185.
  • 80. Youri Lotman a employé la métaphore spatiale du centre et de la périphérie pour décrire différents niveaux d’organisation des cultures. « Au centre de la sémiosphère se forment les langages les plus développés et structurellement organisés, et en tout premier lieu la langue naturelle de cette culture. » (Y. LOTMAN, La sémiosphère, trad. du russe par A. Ledenko, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 1999, p. 16.) Étant plus organisées, les cultures du centre tentent de prescrire des normes conventionnelles à l’ensemble culturel afin de susciter des normes des comportement et des normes codifiées. Habituellement, la majorité des agents sociaux incarnent ces normes jusqu’à les percevoir comme leur propre « réalité ». Cependant, les cultures divergentes situées en périphérie de la sémiosphère peuvent dévier des normes centrales. Chez Lotman, le centre et la périphérie se trouvent dans une opposition dynamique. D’une part, les cultures du centre, organisant les lois de leur auto-régulation, deviennent rigides et incapables de se développer plus avant (Ibid, p. 25). D’autre part, les cultures en périphérie, plus flexibles, influencent continuellement les cultures centrales plus organisées.
  • 81. L. HERSHKOVITZ, « Tiananmen Square and the Politics of Place », loc. cit.
  • 82. Y. WHELAN, « The construction and destruction of a colonial landscape: monuments to Brit­ish monarchs in Dublin before and after independence », loc. cit.
  • 83. L. BENTON-SHORT, « Politics, public space and memorials: the brawl on the Mall », loc. cit., p. 300.
  • 84. D. ATKINSON & D. COSGROVE, « Urban rhetoric and embodied identities: city, nation and empire at the Vittorio Emanuele II monument in Rome 1870-1945 », loc. cit.
  • 85. B. S. OSBORNE, « Constructing landscapes of power: the George Etienne Cartier monument, Montreal », loc. cit., p. 453.
  • 86. Nous considérons la culture comme un concept essentiellement sémiotique. Cf. C. GEERTZ, The Interpretation of Cultures: Selected Essays, New York, Basic Books, 1973, p. 24 ; F. OTHENGRAFEN & M. REIMER, Uncovering the Unconscious Dimensions of Planning. Us­ing Culture as a Tool to Analyse Spatial Planning Practices, Farnham, Ashgate Publishing, 2012, p. 52. Dans le but de conceptualiser de façon plus critique la culture, la plupart des représentants dudit « tournant culturel » (cultural turn) en géographie humaine et en sociologie ont enquêté sur la culture en faisant usage de concepts sémiotiques. Par exemple, Raymond Williams a expliqué que la culture est « le système signifiant par lequel (parmi d’autres moyens) un ordre social est nécessairement communiqué, reproduit, expérimenté et exploré » (R. WILLIAMS, The Sociology of Culture, New York, Schocken, 1982, p. 13). Denis Cosgrove et Peter Jackson ont considéré la culture « comme le médium par lequel les gens transforment le phénomène mondain du monde matériel en un monde de symboles significatifs auxquels ils accordent du sens » (D. COSGROVE & P. JACKSON, « New directions in cultural geography », loc. cit., p. 99). Peter Jackson a suggéré de voir la culture comme étant faite de « mappes de sens à travers lesquelles le monde devient intelligible » (P. JACKSON, Maps of Meaning: An Introduction to Cultural Geography, Londres, Unwin Hyman, 1989, p. 2).
  • 87. D. YANOW, Conducting interpretative policy analysis, op. cit.
  • 88. Ibid. ; M. A. HAJER & H. WAGENAAR (dir.), Deliberative Policy Analysis: Understanding Gov­ernance in the Network Society, Cambridge, Cambridge University Press, 2003.
  • 89. U. ECO, Semiotics and the Philosophy of Language, op. cit., p. 2-3.
  • 90. Ibid., p. 68 ; P. VIOLI, « Le molte enciclopedie », dans P. Magli, G. Manetti & P. Violi (dir.), Semiotica: Storia Teoria Interpretazione. Saggi intorno a Umberto Eco, Milan, Bompiani, 1992, p. 103 ; A. M. LORUSSO, Semiotica della cultura, op. cit., p. 108-109 ; C. PAOLUCCI, Strutturalismo e Interpretazione. Ambizioni per una Semiotica « Minore », op. cit., p. 357-358.
  • 91. M. A. HAJER & H. WAGENAAR (dir.), Deliberative Policy Analysis: Understanding Gov­ernance in the Network Society, op. cit., p. 27.
  • 92. L. BENTON-SHORT, « Politics, public space and memorials: the brawl on the Mall », loc. cit., p. 300.
  • 93. Par exemple, le gouvernement estonien a cherché à réduire la visibilité du mémorial à l’Armée rouge au centre de Tallinn pour atténuer son « poids idéologique » (M. EHALA, « The Bronze Soldier: Identity threat and maintenance in Estonia », loc. cit., p. 140). La plupart des projets présentés suggéraient de trouver un équilibre entre le sens symbolique du mémorial à l’Armée rouge et les symboles nationaux estoniens. Toutefois, seules quelques manipulations mineures ont été réalisées : un sentier diagonal a remplacé l’accès direct au mémorial, de nouveaux arbres ont été plantés, la flamme éternelle a été enlevée et le texte sur la plaque commémorative, modifié. Voir aussi : D. J. SMITH, « “Woe from Stones”: Commemoration, Identity Politics and Estonia’s “War of Monuments” », loc. cit.
  • 94. Eco appelle « sémiose illimitée » ce processus récursif par lequel un signe est toujours réinterprété par d’autres signes. C’est aussi le cas pour les textes compris comme ensembles de signes. U. ECO, Semiotics and the Philosophy of Language, op. cit., p. 68.
  • 95. P. K. MANNING, Semiotic and Fieldwork, Londres, SAGE Publication Ltd, 1987, p. 42.
  • 96. J. S. DUNCAN, The City as Text, op. cit., p. 22-23.
  • 97. K. LINDSTRÖM et al., « Landscape semiotics: Contribution to culture theory », loc. cit., p. 125.
  • 98. C. PAOLUCCI, Strutturalismo e Interpretazione. Ambizioni per una Semiotica « Minore », op. cit.
  • 99. K. LINDSTRÖM et al., « Landscape semiotics: Contribution to culture theory », loc. cit., p. 126.
  • 100.   D. YANOW, Conducting interpretative policy analysis, op. cit.
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Pour citer cet article 

BELLENTANI, Federico & Mario PANICO, « Pour une approche sémiotique des monuments et des mémoriaux », trad. de l'anglais par E. Caccamo, avec la collab. de S. Levesque, Cygne noir, no 6, 2018. En ligne : <http://revuecygnenoir.org/numero/article/bellentani-panico-semiotique-des-monuments> (consulté le xx/xx/xxxx).

À propos de l'auteur·e 

Federico Bellentani est docteur en géographie et urbanisme. Mario Panico est doctorant en sémiotique. En savoir plus Federico Bellentani et Mario Panico.