Appel à contribution

Sémiotique des mystères
 

Le samedi 8 mars 2014, un avion de ligne de la Malaysia Airlines disparaît en plein vol, et ses 239 passagers enregistrés avec lui. Qu’est-il advenu du vol MH370? En l’absence de réponse, rapidement, les médias proposent des pistes. Le 14 mars, Le Monde avance six hypothèses : l’avion a-t-il continué sa route? peut-il avoir été détourné? l’avion peut-il avoir explosé en plein vol? l’appareil a-t-il subi une défaillance technique? la thèse du suicide du pilote est-elle réaliste? l’hypothèse d’une frappe d’un missile est-elle crédible? Le gouvernement malaisien finit par annoncer le 24 mars « qu’il faut considérer, selon toute vraisemblance, que le vol MH370 a été perdu et qu’aucun de ses occupants n’a survécu ». Entre temps (et encore après), la couverture médiatique aura laissé place à diverses stratégies rhétoriques afin de traiter de ce sujet dont on ne sait rien (ou presque) et qui demeure encore à ce jour irrésolu. Une disparition, une absence d’information, un mystère pour qui mène l’enquête et veut révéler les dessous d’une affaire, forcent l’abduction, précipitent l’hypothèse, mais imposent aussi l’allusion, la circonvolution, voire la métaphore, à défaut de quoi l’amphigouri se présente comme la seule option. Mais mystère n’est pas faribole : toute la difficulté énonciative repose ainsi sur la méconnaissance du contexte, l’absence du référent, les liens diffus qui unissent les signes aux phénomènes ou l’accès restreint à ceux-ci.

Du mystère originel au fait divers inexpliqué ; des cultes à mystères tels qu’ils ont été pratiqués un peu partout dans le monde gréco-romain au cours de l’Antiquité jusqu’au mystère de la Foi dans la théologie chrétienne ; du mystère entourant la mort d’Edgar Allan Poe au Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux ; chacun de ces types nourrit la polysémie du concept et augmente son ambiguïté. Secret, énigme, culte, complot ; mais aussi vérité, révélation, représentation, allégorie, symbole : tous ces termes se commutent et se complètent, forgent un terreau d’investigation théorique fertile. Le paradigme indiciaire (Ginzburg) et la « méthode du détective » (Eco) montrent également que la sémiotique peut servir l’enquête de manière féconde. S’il est vrai que, suivant le proverbe médiéval, la lumière montre l’ombre et la vérité le mystère, alors peut-être le fonctionnement du signe tel qu’il est défini dans ses diverses acceptions sémiotiques constitue-t-il l’hypotypose même du mystère.

Nous sollicitons des propositions qui sachent tirer profit de cette thématique afin d’approfondir des aspects théoriques de la pensée sur le signe et l’histoire de son développement et/ou qui proposent l’abord sémiotique de tout objet lié au mystère, dans quelque acception que ce soit. Les propositions favorisées 1) contribueront à l’avancement de la théorie sémiotique ; 2) seront à jour en ce qui a trait aux théories, méthodes et données ; 3) feront la démonstration d’une compréhension – et référeront à – des travaux existants dans le domaine traité. Celles-ci pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des champs suivants : la sémiotique théorique (épistémologie, études culturelles, sémiotique cognitive, biosémiotique, etc.), la sémiotique appliquée (arts, médias, rhétorique, religions, urbanisme, traduction, éducation, etc.), et peuvent également préconiser une approche in-ter-trans-disciplinaire (anthropologie, philosophie, sociologie, psychologie, esthétique, linguistique, communication, etc.).

 

Candidatures

Les propositions seront reçues par courrier électronique à l’adresse de la revue redaction@revuecygnenoir.org au plus tard le 1er juin 2014. Veuillez indiquer en objet de votre message : « Proposition mystère ».

 

Votre proposition doit comporter :

1. un titre et un court résumé (500 mots maximum) ;
2. une courte notice biographique (250 mots maximum) incluant les informations suivantes : votre nom complet, votre statut, votre établissement de rattachement et votre département (s’il y a lieu) ainsi que vos coordonnées (adresse courriel au minimum).

 

Calendrier

Les propositions (titre et court résumé) seront reçues avant le 1er juin 2014.
L’acceptation des contributions sera notifiée au plus tard le 15 juin 2014.
Le texte de l’article, déposé aux fins de l’évaluation, sera reçu avant le 15 août 2014.